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RDC : l’ANR au banc des accusés (Rapport ACAJ et Justicia Asbl )

L’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) et Justicia Asbl, deux ONG de défense des droits de l’homme, condamnent les arrestations et détentions arbitraires opérées, ces derniers temps, par l’Agence nationale de renseignements (ANR).

Par Alexis Emba

Bâtiment de l’Agence nationale des renseignements à Kinshasa @Photo Droits tiers

publié le 7 août 2022 à 18:58:06

En effet, ces deux ONG ont documenté trente cas de personnes en situation de privation de liberté de mouvement, et ce en violation des articles 17, 18 et 19 de la Constitution qui garantissent à toute personne interpellée ou détenue, respectivement, les droits de visite, d’assistance de conseil et d’être présentée devant l’autorité judiciaire compétente à l’expiration du délai de la garde à vue.

Ainsi, après la libération du journaliste Joseph Kazadi, intervenue le 4 août, ACAJ et Justicia Asbl ont dénombré trente cas d’arrestation et détention arbitraires avec privation de jouissance des droits fondamentaux, attribuables à l’ANR, à travers le territoire national.
Il s’agit :

1. Kinshasa

  • MM. Droma Ndowa Ferdinand et Baelongani Kamango Freddy, respectivement directeur-chef de département et directeur à la Sokimo S.A, arrêtés et détenus à l’ANR depuis vingt-cinq jours pour un conflit professionnel.

Dans le même dossier, Me Ethy Kumbalani Batindie, avocat au barreau de l’Ituri, est aussi recherché pour être arrêté pour les mêmes faits et contraint à vivre en clandestinité ;

  • M. Jimmy Kitenge, secrétaire national en charge de communication, et médias au sein du parti politique PPRD, enlevé et puis détenu jusqu’à ce jour.

2. A Lubumbashi, province du Haut-Katanga :

  • M. Elie Kabamba, étudiant en 2ème licence à l’Institut des sciences commerciales de Lubumbashi, qui a été enlevé par des personnes inconnues en date du 29 juillet 2022, vers 18 heures, détenu au cachot de l’ANR/Lubumbashi et acheminé à Kamina.
  • Le 5 mai 2022, à Lubumbashi, Kaya Lipali Franck, âgé de 24 ans, pasteur de son état, a été arrêté par les agents de l’ANR et détenu dans leurs cachots plus de 15 jours, au motif qu’il se faisait passer pour un proche du chef de l’Etat et en cette qualité, il aurait escroqué plusieurs personnes.

Après enquête et vérification, il s’est avéré que son numéro a été piraté. Malgré cela, il a dû passé plus de 2 semaines en détention avant d’être relaxé.

  • Le 02 mars 2022, 5 personnes dont le magistrat Jacques Matanda du parquet près le tribunal de grande instance de Lubumbashi et Me Jules Lwamba, avocat près la Cour d’appel de Lubumbashi, ont été enlevés dans les bureaux du magistrat ci-haut cité et détenus à l’ANR, puis torturés.

3. Dans la province du Lualaba

  • Le 2 juillet 2022, à Kolwezi, le président urbain de l’Union des jeunes katangais (UJK), Nawej Lisuku Narcisse, a été arrêté par les agents de l’Agence nationale des renseignements (ANR) au motif qu’il aurait publié sur sa page Facebook, des images qui porteraient atteinte à l’autorité du chef de l’Etat. Il a été détenu au cachot de l’ANR pendant 9 jours.
  • le 14 avril 2022, M. Momo Mulapu, communicateur du gouverneur Muyej et chef de département en charge de Communication et médias du comité exécutif du PPRD/Lualaba, a été invité verbalement à se présenter au bureau de l’ANR/Lualaba, après avoir tenu des propos qualifiés d’outrageants à l’endroit du chef de l’Etat lors de l’anniversaire du PPRD le 31 mars 2022, à Kolwezi.

4. A Kamina, province de Haut-Lomami

  • M. Mexa Mukanya, sans profession, a été arrêté et est détenu jusqu’à ce jour au cachot de l’ANR.

L’ACAJ et Justicia Asbl, rappellent que cette situation constitue une menace grave et sérieuse contre l’Etat de droit. Voilà pourquoi, ces deux organisations appellent le chef de l’Etat à prendre toutes les mesures qui s’imposent pour faire cesser les violations des droits humains commises par ce service.

Elles exigent la libération des personnes détenues ou leur transfert au parquet afin de leur permettre d’organiser leur défense. Elles demandent instamment au gouvernement de la République de faire libérer toutes les personnes en détention arbitraire ; cesser les recherches d’arrestation lancées contre Me Ethy Kumbalani Batindie et enfin d’amorcer la réforme en profondeur des services de sécurité pour faire conformer leurs actes aux exigences de l’Etat de droit et faciliter les poursuites judiciaires contre leurs agents qui violent les droits fondamentaux de citoyens.

A l’ANR, l’ACAJ et Justicia Asbl leur demandent de se conformer à l’article 3 du décret-loi précité s’agissant de sa mission.

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