Accueil Insécurité

Le Rwanda et l’Ouganda, quartiers généraux des terroristes M23 (Experts de l’ONU)

Le Rwanda et l’Ouganda ont réorganisé, réarmé et recruté des nouveaux hommes pour le M23. Révélations gravissimes qui viennent coincer Kigali et Kampala, deux prétendus partenaires de Kinshasa qui font tout leur possible pour déstructurer la RDC.

Par Landry Amisi
Le président Paul Kagame du Rwanda et Yoweri Museveni de l'Ouganda dont les deux pays sont épinglés dans un rapport des experts de l'ONU sur le réarmement et le soutien au M23. @ Photo Droits tiers
Publié le 23 juin 2022 à 09:33:55

Les experts du Conseil de sécurité de l’ONU rapportent clairement que les attaques de 2021 et 2022 contre les Forces armées de la République démocratique du Congo ont été lancées sous le commandement militaire général de Makenga, tandis que le «colonel» Yusuf Mboneza dirigeait les opérations sur le terrain. Bertrand Bisimwa, dirigeant politique du M23 n’avait pas noué de bons rapports avec Kampala au point de le contraindre à quitter l’Ouganda le 5 janvier 2022. Bertrand Bisimwa, demeuré dirigeant politique du M23/ARC, se serait replié sur le Rwanda, son soutien légendaire à partir d’où il a réussi à se bâtir, lui et certains officiers déchus du M23, un nouvel escadron.

« Le quartier général du M23/ARC était situé sur le Mont Sabinyo, en RDC, où se rejoignent les frontières de la RDC, du Rwanda et de l’Ouganda, offrant au mouvement un avantage stratégique en ce qui concerne les voies d’entrée et de sortie. Le M23/ARC possédait également d’autres camps sur le Mont Visoke, en RDC, près de la frontière avec le Rwanda et à une courte distance de la frontière entre le Rwanda et l’Ouganda. À partir de novembre 2021, le M23/ARC a commencé à recruter dans le camp de Bihanga, et à partir de janvier 2022, dans les territoires de Masisi et de Rutshuru et à Kitshanga, en République démocratique du Congo, ainsi qu’au Rwanda, pour renforcer rapidement ses troupes», décrivent les experts de l’ONU. En conséquence, alors qu’une estimation de 100 à 200 combattants ont été impliqués lors des attaques menées entre novembre 2021 et janvier 2022, au moins 400 combattants ont été interceptés lors de l’attaque de Bunangana, le 29 mars 2022, tandis que d’autres combattants ont été aperçus près de Matebe et sur la route de Rugari-Kibumba le même jour.

Trois combattants du M23/ARC arrêtés, «tous Banyamulenge» qui s’étaient réfugiés en Ouganda et tentaient de retourner à Minembwe, dans le Sud-Kivu, lorsqu’ils ont été capturés, ont déclaré aux experts qu’ils avaient été approchés par des collaborateurs du M23/ARC à Kisoro (Ouganda) au début de mars 2022 et orientés vers des camps du M23/ARC où ils avaient reçu un entraînement militaire sous les ordres du «colonel» Kanyamibwa.

Des ressortissants rwandais dans la troupe terroriste du M23

«Si la majorité des combattants du M23/ARC présents dans les camps étaient originaires de Masisi, certains étaient Banyamulenge, tandis que d’autres étaient des ressortissants rwandais ou parlaient le lingala. Les forces armées et les forces de sécurité de la République démocratique du Congo ont signalé la présence d’individus portant des uniformes de la Force de défense rwandaise (Rwanda Defence Force – RDF) dans des camps du M23/ARC situés en République démocratique du Congo. Ce qui a été confirmé par des images aériennes et des preuves photographiques», rapportent encore les experts onusiens. Le M23/ARC était bien équipé, possédant notamment des fusils d’assaut de type AK et des armes automatiques PKM, des fusils-mitrailleurs, des mitrailleuses lourdes de 12,7 mm, des lance-roquettes, des mortiers de 60 mm et des jumelles de vision nocturne. Au début d’avril 2022, le M23/ARC a saisi des pièces d’artillerie des FARDC.

Le M23 veut occuper Goma et Rutshuru

«Six combattants du M23/ARC capturés ont déclaré que le plan de Makenga était d’attaquer et d’occuper les villes de Bunangana, Rutshuru et Rumangabo, de couper la route stratégique Goma-Rutshuru, puis de prendre Goma, afin de forcer le gouvernement à accepter les demandes du M23/ARC en matière d’amnistie, de restitution d’avoirs, de retour en République démocratique du Congo, d’intégration aux FARDC et d’attribution de postes politiques», articule la lettre des experts du Conseil de sécurité adressée à leur président.

Dans cette correspondance adressée au Conseil de sécurité des Nations unies le 10 juin 2022, les membres du groupe d’experts de l’ONU sur la République démocratique du Congo livrent bien de détails sur le fonctionnement du mouvement du 23 mars – communément appelé «M23» – considéré par Kinshasa et la population congolaise comme un groupe terroriste.

La lettre des experts du Conseil de sécurité de l’ONU donne d’amples indications sur « les rôles du Rwanda et de l’Ouganda – deux pays frontaliers de la RDC et soupçonnés de soutenir ce mouvement rebelle qui ont servi de béquilles pour que le M23 se réorganise, se réarme et recrute de nouveaux hommes dans ses rangs ». Pourtant scindé en deux factions – l’Armée révolutionnaire du Congo (ARC), dirigée par Bertrand Bisimwa, et l’Alliance pour le salut du peuple (ASP), dirigée par Jean-Marie Runiga – après sa défaite en 2013, le Mouvement du 23 mars (M23), qui fait l’objet de sanctions, est resté inactif jusqu’au début de novembre 2021, date à laquelle il a lancé une première série d’attaques contre des positions des FARDC et de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) près de la zone où se rejoignent les frontières entre la République démocratique du Congo, le Rwanda et l’Ouganda, tuant des écogardes de l’ICCN et des soldats des FARDC, et volant des armes, des uniformes, du matériel de communication et des vivres, renforçant ainsi ses capacités militaires, explique la missive des experts. Ces incursions et d’autres attaques ultérieures du M23/ARC ont poussé des civils à fuir la région par vagues successives.

Longtemps inactifs, les terroristes du M23 étaient réfugiés au Rwanda et en Ouganda

Bien avant cette dernière résurgence, les experts du Conseil de décurité de l’ONU notent qu’en janvier 2017, «le M23/ARC a commencé à se reconstruire lorsque des combattants dirigés par le général Sultani Makenga, visé par les sanctions des Nations unies, ont quitté le camp de Bihanga en Ouganda pour établir une base sur le mont Sabinyo dans le Parc national des Virunga, en République démocratique du Congo». Dans cette même période d’inactivité, «les ex-combattants du M23 se sont retirés dans des camps en Ouganda et au Rwanda. Peu sont restés en République démocratique du Congo». Et le courrier onusien d’enchaîner, « Après un mois d’accalmie, le M23/ARC a lancé des nouvelles attaques contre les FARDC et les positions de l’ICCN à Rutshuru, à la fin de décembre 2021, puis à nouveau fin janvier 2022. La fréquence, la durée et l’intensité des attaques du M23/ARC ont suivi une courbe ascendante, tout comme le nombre de victimes des FARDC, ce qui indique un plus grand degré de «professionnalisme», un recrutement plus actif et de meilleures capacités de réapprovisionnement. Ainsi, une attaque du M23/ARC contre les FARDC à Nyesisi, dans le territoire de Rutshuru, a débuté dans la nuit du 24 au 25 janvier 2022 et entraîné la mort d’au moins 40 membres des FARDC, dont leur commandant. Le 28 mars 2022, le M23/ARC a lancé des attaques simultanées contre Tshanzu, Gisiza, Ndiza et Runyoni», écrivent encore les experts de l’ONU au président du Conseil de sécurité.

Malgré d’importants renforts des FARDC dans le territoire de Rutshuru (notamment à partir du secteur opérationnel Sokola 2, au détriment de zones contrôlées par les ADF, entre autres), «le déploiement par la Garde présidentielle de systèmes de lance-roquettes multiples et le bombardement régulier des bases du M23 par des roquettes, le M23/ARC a continué d’attaquer des sites stratégiques, souvent avec succès», font remarquer les experts de l’ONU qui reconnaissent dans la foulée que «le 29 mars 2022, un hélicoptère de la MONUSCO qui effectuait une mission de reconnaissance autour de Tshanzu s’est écrasé. Les huit Casques bleus qui se trouvaient à son bord ont été tués. Des informations préliminaires ont indiqué que l’hélicoptère avait été touché par un tir direct qui avait provoqué sa chute, et que le tir provenait d’une colline contrôlée par le M23/ARC».

Ce courrier révélateur devrait susciter l’attention des membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies qui devraient siéger dans la perspective d’une résolution. Si l’on tient compte des éléments d’information contenus dans la lettre, le Rwanda et l’Ouganda devraient être déclarés « États dangereux » qui organisent et financent des terroristes pour déstabiliser la région des grands lacs.

Nos tags