Politique

CENI : une partie du centre-ville confinée, Kadima grondé par la rue

Vers des élections sous haute tension en RDC. Malgré le refus de Ngobila, malgré l’impressionnant dispositif de police, le sit-in de CALCC et MILAPRO a tenu ses promesses.

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Par Jeanric Umande

CENI : une partie du centre-ville confinée, Kadima grondé par la rue

Le sit-in de lundi 22 novembre 2021 a été le tout premier test de la série de manifestations projetées par les forces politiques et sociales du bloc patriotique pour exiger principalement la dépolitisation de la CENI et la déchéance du bureau Kadima. Pourtant, déjà la veille, le gouverneur (Union sacrée) de la ville de Kinshasa, Gentiny Ngobila Mbaka venait de signifier à CALCC et MILAPRO que son office ne prenait pas acte de cette activité en raison notamment du défaut de qualité des deux structures reconnues proches de la CENCO et de l’ECC. Pour le gouverneur de la ville, les deux organisations devront préalablement présenter leur personnalité juridique pour prétendre organiser un rassemblement des populations dans sa juridiction. Argument battu en brèche par le juriste Carlos Mupili de la société civile qui estime que «de la même manière que les parlementaires débout de l’UDPS assiègent les ronds-points de la capitale tous les matins sans aucun statut juridique, c’est de ce même droit que jouissent les laïcs protestants et catholiques pour sexprimer ».

Un député bastonné et dépouillé par la police

Boulevard bloqué. Elèves obligés de faire les pieds pour atteindre les écoles. Pas dentrée des véhicules depuis Memling (hôtel) jusquà la gare centrale de la Gombe. Cest le cœur de la ville qui a été quadrillé par des éléments de la police nationale congolaise paralysant ainsi les activités dans de nombreux commerces et entreprises. Une journée sous haute tension qui a connu plusieurs cas de brutalité policière sur des manifestants parmi lesquels un député national. Le député Fidèle Likinda BolomElenge, député PPRD, membre du groupe parlementaire FCC a été copieusement bastonné, dépouillé, trainé, bousculé et interdit daccéder au bâtiment central de la commission électorale nationale indépendante (CENI). C’est dans cet état (téléphone et porte-monnaie volés par des éléments de la police) que cet élu national a déclaré : « Nous allons continuer jusquà ce qu’on obtienne gain de cause. Le peuple s’exprime. Je suis un élu, la voix du peuple doit être entendue. Ils veulent fabriquer une CENI en perspective des élections de 2023 (…). Ils veulent nous tuer. Nous allons accepter de mourir», a-t-il déclaré.

Plusieurs interpellations

Blanchard Mongomba, secrétaire général du parti politique Nouvel Elan d’Adolphe Muzito Fumutshi et Christian Dunia Kilanga, secrétaire national en charge de la mobilisation du Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (Pprd) ont été brutalement embarqués à bord de jeeps de la police pour les extraire de la foule qui gagnait avec détermination les abords de la gare centrale de Kinshasa. Conduit aux bureaux du commissariat provincial de la police, ils ont laissé derrière eux plusieurs foules disparates constamment traquées par la police. Dans sa stratégie et pour éviter de donner des béquilles aux opposants, le chef de la police de Kinshasa, le général Sylvano Kasongo avait prévenu les manifestants que s’ils insistaient dans leur mouvement vers les bureaux de la CENI, ils seront gazés. Aux dernières nouvelles, les personnalités interpellées ont été relâchées par la police, a confirmé Fabrice Ngoy Kazadi, bourgmestre de la commune urbaine de la Gombe : « Le gouverneur a signé un arrêté déclarant la Gombe comme une zone neutre. Il ne peut y avoir une manifestation ici. Cest le siège de beaucoup de nos institutions.  Depuis hier, ils étaient informés que le sit-in était interdit. La Police est professionnelle. Elle est là pour remettre de lordre. Nous sommes en plein Etat de droit », a-t-il expliqué aux journalistes présents sur le terrain.  Des journalistes qui nont pas été épargnés par la secousse policière qui, à plusieurs reprises, menaçait et chassait les professionnels des médias interrompant à maintes reprises des interviews de terrain.

Non au braquage électoral, dit Lamuka

En dehors du FCC et des mouvements citoyens dont les cadres et militants étaient très visibles dans ce sit-in, des membres influents de la plateforme Lamuka se sont mobilisés contre Kadima et son équipe. Dire non au choix de Kadima à la tête de la centrale électorale, exiger la dissolution du bureau de la CENI et mettre en place des conditions d’un consensus autour de la gestion du processus électoral, telles étaient les revendications de la résistance passive de ce lundi 22 novembre 2021 devant le siège central de la CENI. « Le combat n’est pas encore fini et nous continuerons de manifester malgré la violence de la police. Un moment donné, elle va se ressaisir, elle va se rendre compte que cette République nous appartient tous », a déclaré dans la foulée Clément Muza, membre de Lamuka. Des centaines de personnes scandaient en chœur «Toboyi Kadima ! Toboyi Kadima !  (Nous ne voulons pas de Kadima)», comme pour rejeter catégoriquement le choix de l’actuel président de la CENI. Outre la dissolution attendue de l’actuelle CENI, les laïcs catholiques et protestants exigent pompeusement des réformes qui puissent tirer des leçons du chaos électoral de 2018 et préparer courageusement et de manière consensuelle les élections de 2023.

Hervé DIAKESE, porte-parole des deux plateformes laïques catholique et protestante ne s’est pas empêché de féliciter ironiquement la police nationale pour avoir décrété une sorte de ville morte ce lundi, ce qui a permis aux organisateurs de passer aisément leur message. Cette journée du sit-in à la CENI a coïncidé avec la grève des transporteurs qui, elle aussi, a bloqué la circulation pendant quelques heures sur l’axe Kasavubu-Gambela, à la Tshangu, Kimbanseke et Mbudi. Pendant ce temps, à Mbuji-Mayi (Kasaï central), certaines forces politiques de l’Union sacrée (majorité) ont également marché pour soutenir Denis Kadima, leur fils à la tête de la CENI. Dautre part, les habitants de Kikwit (Kwilu) sont descendus massivement dans la rue pour exiger le départ de Denis Kadima. Un mémorandum de CALCC a été déposé au bureau de représentation provinciale de la CENI sous le ton : « beto ke buya na ndinga ya ngolo nde Kadima na likulu na yandi vé » (nous refusons une gouvernance électorale sous Kadima). Une journée très animée qui a fait dire à Seth Kikuni, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2018 s’adressant à Denis Kadima qu’ « on voulait simplement vous dire «bonjour». Nous reviendrons »

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