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Ntale Cishambo : “C’est trop réducteur de dire que la RDC n’avance pas”

Elias Okit’asombo Lumumba est le symbole de l’indépendance congolaise depuis 1960. En effet, le combattant s’était donné corps et âme pour que le Congo soit libre et indivisible. Depuis plusieurs années, 64 ans déjà, les ennemis de la République essaient de balkaniser ce pays, mais n’y arrive pas. Cette unité nationale est le fruit d’un homme assassiné quelques mois après l’indépendance, car considéré comme dangereux par les ex-colons.

Par Grady Mugisho

Ntale Cishambo est un chercheur congolais et informaticien qui propose le recours à nos valeurs ancestrales pour le développement de la RDC @Photo Droits tiers.

publié le 5 juillet 2024 à 01:44:00

Le chercheur congolais, Ntale Cishambo constate amèrement qu’aujourd’hui, les gens n’ont pas compris sa vision, celle d’émanciper politiquement et intellectuellement les Congolais. Pour ce lumumbiste, le recours aux valeurs ancestrales est la seule solution aux problèmes que traverse actuellement la RDC.

Ouragan : Est-ce que les Congolais sont conscients du combat de Lumumba ?

Ntale Cishambo : Aujourd’hui, les Congolais savent que le pays leur appartient. D’ailleurs, depuis Lumumba, ils se battent pour garder leur pays. Il n’y a qu’à voir les mouvements de revendication qui se propagent partout au pays. C’est bien parce que les Congolais sont conscients que le pays leur appartient. Mais la question est celle de savoir : est-ce que les gens ont compris la vision de Lumumba ? Je dirais que non. Parce qu’elle n’est pas assez vulgarisée. La vulgarisation de la vision de Lumumba devrait commencer depuis l’école primaire. il y a le personnage et sa vision politique qu’il faut connaître. Il y a aussi sa vision intellectuelle. En effet, il avait la volonté d’émanciper intellectuellement les Congolais. D’ailleurs, lors de sa conférence à Accra, au Ghana, il avait même plaidé pour le développement de la culture africaine et sa conservation, c’est-à-dire qu’il fallait conserver la culture et qu’à partir de là, commencer à se développer. Ce sont les choses que les enfants doivent savoir afin qu’eux aussi puisse délivrer le pays de toutes les chaînes que Lumumba n’a pas su délier.

Pourquoi quand on parle de l’indépendance, on ne voit que Lumumba ? Pourtant, ses deux compagnons, à savoir Maurice Mpolo et Joseph Okito, ont participé aussi dans cette lutte ?

Dans son discours du 30 juin, Lumumba appelle les Congolais “Victorieux”. Pour lui, tous les Congolais qui ont lutté pour reprendre le contrôle du pays sont ses compagnons. Après ça, dans tout groupe, il y a toujours un chef. Lumumba était la tête de file. On n’a pas mis en exergue les actions qu’ils ont effectuées parce qu’ils étaient les généraux de Lumumba. Ils l’ont aidé à gagner ce combat. Ce n’est pas par ingratitude qu’ils sont peu connus du public. Bref, l’aura du chef a pris une grande place. C’est difficile de se démarquer dans un groupe dirigé par un homme comme lui.

Nous sommes tous conscients que le pays n’avance pas. De quoi souffre réellement l’État congolais depuis l’indépendance jusqu’à ce jour ?

C’est un peu réducteur de dire qu’il n’avance pas. Ça fait 64 ans que les gens essaient de balkaniser notre pays, mais ils n’y arrivent pas. On ne peut pas dire qu’on a rien fait. Certes, on en fait pas assez, ça c’est oui, mais dire qu’on a rien fait, c’est trop réducteur. Il y a beaucoup de pays africains qui n’ont pas notre niveau d’émancipation intellectuelle, de l’unité nationale. On a qu’à voir le Rwanda, vers les années 90, ils se sont trucidés parce qu’ils n’arrivaient pas à avoir l’unité nationale. On espère pour eux que ça ne se reproduira plus jamais. Donc nous, on n’a jamais eu ce problème-là. Il y a des gens qui ont essayé de montrer une vision tronquée du conflit entre les Katangais et les Kasaïens. Le plus important aujourd’hui, c’est de se reconquérir culturellement, c’est-à-dire faire disparaître les langues étrangères, repenser notre propre école, se réalimenter auprès des savoirs congolais afin de pouvoir créer un corpus qui peut nous permettre d’aller de l’avant pour affronter les problématiques qui nous semblent intemporelles. Avant l’arrivée des Belges, tous les Congolais allaient à l’école. Il n’y avait personne qui restait à la maison pour faute de minerval. Toutes les femmes étudiaient. C’est-à-dire qu’aujourd’hui pour qu’une femme étudie, il faut qu’on parle de féminisme. C’est une bêtise qu’on a ramassé de l’Occident. A titre d’information, vers les années 60, les femmes ne votaient pas chez elles. Cette exclusion de la gent féminine, ça n’existait pas chez nous. La femme a toujours eu une place beaucoup plus dorée que l’image que nous renvoie la notion judéo-chrétienne occidentale. C’est ça qu’on doit reconquérir, sinon on va se retrouver à éduquer nos femmes à travers le féminisme qui est poison.

Est-ce un problème de nos dirigeants ou plutôt un problème lié à notre culture politique nocive ?

Les deux. C’est-à-dire qu’on a ni le bon système, ni les bons hommes. On aurait pu avoir le confort de l’Occident avec une vie occidentale. C’était ça même l’objectif de nos premiers dirigeants. Mais ça n’a pas marché parce qu’on n’avait pas de bons hommes. Donc, on n’avait ni le bon système, ni les bons hommes. Mais Lumumba voulait un autre système. Il avait dit clairement qu’il n’y avait aucune idéologie occidentale qui est applicable ici et qu’il fallait prendre en compte notre passé ancestral pour pouvoir aujourd’hui poser les jalons qui nous permettraient de diriger le pays. Personne n’a fait ce travail-là. Un certain Mobutu a essayé de nous mentir en disant qu’il allait faire un recours à l’authenticité. Il n’a pas réussi. Il n’a même pas réellement essayé. Comment voulez-vous qu’on soit un peuple sans vous identifier vous-même ? Comment peut-on dire citoyen zaïrois dans une seule langue congolaise? Personne ne sait le dire. Cela montre même la faiblesse de toutes ses réflexions.

Au regard de la situation politique actuelle au Congo, certaines personnes disent qu’on aurait pas dû prendre l’indépendance dans la précipitation. Que pensez-vous de ce raisonnement ?

C’est de la propagande belge. Je prends très souvent l’illustration d’une personne qui a été incarcérée en prison de manière injuste. Un jour, vous vous réveillez et vous trouvez toutes les portes de la prison ouverte. Qu’est-ce que vous allez faire ? Vous sortirez ou vous allez attendre ? Lumumba a réussi à chasser tout le mal qui a été engendré par la Belgique. Il devait le faire à ce moment-là. Il ne devrait pas attendre. Bien sûr que ça requiert de la préparation. Dire qu’il n’était pas préparé, c’était un mensonge. Il a lutté combien d’années pour arriver à ce résultat-là ? C’est ça la préparation. Il était tellement préparé qu’il a réussi à les chasser. Après ça, c’est la gestion post-Lumumba qui a causé problème. Pour quelqu’un qui a géré six mois le pays avec sur le dos de la CIA, l’ONU…, on ne peut pas dire qu’il a échoué.

Comment peut-on soigner l’État congolais pour qu’il soit fort, respecté… ?

Il faut travailler. Abandonner le viol, le détournement, la corruption… Parce que tout ça, ce sont les vices qu’on a appris en fréquentant les Belges. Il n’y avait pas, avant l’arrivée des Belges, le peuple qui allait piller chez les autres pour avoir les ressources minières. Le viol n’était pas systématique comme il l’est aujourd’hui. Chez nous, il n’y avait pas la culture de l’individualisme, ni on ne coupait pas les gens pour l’exploitation des caoutchoucs… C’est le respect des valeurs Bantous qui peut nous extirper de là.

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