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Sinzo interroge la société dans “Plaidoirie pour vendre le Congo”

“Plaidoirie pour vendre le Congo” est une œuvre qui pose des questions sur la dignité humaine, la valeur monétaire d’une vie à une autre… Sinzo Aanza glisse, avec dextérité, poésie et critique sociétale, dans un univers tragi-comique où s’entremêlent plusieurs personnages cocasses et fils narrateurs.

Par Grady Mugisho

”Plaidoirie pour vendre le Congo” de Sinzo Aanza est une pièce qui pose des questions sur la dignité humaine, la valeur monétaire d’une personne à une autre @Photo Droits tiers.

publié le 24 juin 2024 à 16:30:59

Disons-le tout de suite : la pièce repose sur une trame originale et tragique. Il s’agit d’une réunion du conseil de surveillance municipal d’un quartier défavorisé de la banlieue de Kinshasa. Ce groupe de personnes, composé d’un pasteur, d’une tenancière de pharmacie, d’un musicien, d’un chef du quartier, d’un propriétaire d’hôtel…, s’est réuni dans une salle à l’appel du gouvernement provisoire pour réfléchir sur la valeur monétaire de quelques personnes décédées lors d’une bavure de l’armée. Laquelle a tiré sur des gens revenant d’un match de foot, croyant qu’ils participaient à une manifestation. “À cause de la démocratie”, le conseil a laissé la fenêtre de la salle ouverte pour que les habitants du quartier assistent au débat et mettent aussi leurs avis, qui se révèlent parfois remplis d’ironie, de désespoir et d’égocentrisme dignes des Kinois face à la situation sociale et politique que traverse actuellement leur pays, la RDC.

— L’éternel débat—

Combien vaut un mort ? Une vie humaine ? Est-il possible d’estimer le prix ? Si c’est faisable, quels sont les critères qui peuvent faciliter cette démarche ? Quel est le prix “d’un mort jeune, d’un mort vieux, d’un mort qui a fait les études ou non, d’un mort qui avait des rêves” ?… Toute une ribambelle de questions qui découlent de la réunion et déclenchent un vif débat. “On fixe le prix en fonction des avoirs de chacun…”, suggère Maman Béa, tenancière d’une pharmacie, avant qu’une voix venant dehors rétorque avec ironie : “Et si un cadavre n’avait que 500 francs dans sa poche au moment de sa mort, vous diriez que la personne ne valait que 1000 francs. Ce n’est même pas 1 dollar américain”.

D’une écriture vive et ciselée, où la poésie mélancolique et la critique sociale ont une grande place, Sinzo Aanza met à nu l’absurdité des personnages et du gouvernement provisoire au cœur de son œuvre, “dans un pays où la vie est si fragilisée voire même reniée”. Les gens censés trouver un prix d’indemnisation adapté à chaque mort réfléchissent comme s’ils ne tiennent pas compte de la gravité de la situation. En effet, pour certains, il vaut mieux profiter de cette occasion donnée par le gouvernement provisoire (avant qu’un autre le remplace) pour augmenter les chiffres des indemnités réclamées et du nombre de morts. “J’insiste sur l’impératif de faire autre chose avec l’argent que nous propose l’État… Un projet d’utilité publique”, ajoute Papa Jacot, instituteur. Une proposition qui est vue d’un mauvais œil par quelques voix provenant dehors : “ces gens sont suspects… Ils veulent manger l’argent de l’État…”.

—Une longue adresse pour sa fille—

Si les commentaires du conseil et des habitants du quartier qui assistent au débat montrent peu d’intérêt pour la gravité de la situation, le monologue émouvant et tragique, qui coupe par intermittence les dérapages verbaux des hommes, sert de rappel à la réalité des morts : “De quoi ta chair se souvient-elle ?/ As-tu choisi d’abandonner l’odeur imprégnée du pain dans tes robes ?/Joues-tu toute seule, mon enfant ?…”. En effet, dans cette longue adresse, une femme pleure sa fille “dont le corps n’a pas été retrouvé ou dont la mort ne peut être confirmée après l’événement”.

– Vendre le Congo –

Face au brouhaha des propositions du conseil qui n’arrive pas à trouver un prix qui soit juste pour les familles des victimes et pas onéreux pour le gouvernement provisoire, un musicien égocentrique mais ô combien adulé du quartier, le seul qui ait réussi, dans le sens où il est parvenu à le quitter, fait une proposition qui paraît, à première vue, insensée. “Je propose à la place que nous vendions le pays”, dit-il. Pourquoi ? Il enchaîne son raisonnement quelques pages plus tard : “Un pays doit procurer de l’ivresse, de la sérénité, et non de l’angoisse… Ça ne doit pas être un projet d’exploitation comme l’ont voulu ceux qui l’ont fabriqué”

— Une réalité blessante —

Malgré ces moult tentatives pour trouver un compromis, rien de concret ne sort du conseil. À la fin, ils se rendent compte qu’ils auraient dû lire, pour commencer la réunion, un papier des autorités. En effet, ce fameux papier contient des modalités servant à l’indemnisation. La réalité est blessante : le gouvernement avait déjà proposé un montant bien en dessous des chiffres discutés par le conseil. Un coup de massue pour l’assemblée ! Que faire dans ce cas?…

Vous l’aurez compris, le talentueux dramaturge congolais, Sinzo Aanza sait rendre, par son écriture, universelle l’absurde, le tragique. Humour noir, poésie mélancolique et critique sociétale sont au cœur de cet univers tragi-comique où s’entremêlent plusieurs personnages cocasses et fils narrateurs. Une œuvre qui nous pousse à questionner ce qui se passe dans l’est du Congo depuis trois décennies : c’est-à-dire des gens innocents qui ne cessent de mourir. Il faut être attentif et s’accrocher pour ne pas perdre de vue les conversations de cette longue pièce. Mais cela en vaut la peine.

“Plaidoirie pour vendre le Congo” de Sinzo Aanza, Ed. Nzoi, p. 117, 18 500 FC.

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