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Evariste Boshab déplumé

Il a été le symbole de la nomenklatura néo-kabiliste, celle fidèle jusqu’à la lie à Kabila fils, dès sa prise de pouvoir début 2001, succédant à son père assassiné. Baron du régime, originaire du Kasaï – le fief de l’opposition UDPS d’alors et de la famille Tshisekedi – il était donc le kabiliste le plus pur et le plus dur pour mieux se faire accepter par le clan katangais au pouvoir et ne pas éveiller le moindre soupçon d’allégeance à l’opposition.

Le kabiliste, Evariste Boshab, ancien président de l’Assemblée nationale reconverti tshisekediste de dernière heure @Photo Droits tiers.

publié le 14 mai 2024 à 03:36:00

Mais Evariste Boshab Mabudji ma Bilenge est devenu aussi le symbole le plus criant de la transhumance – ou, comme le disait Etienne Tshisekedi lui-même – du vagabondage politique. Mal lui en prit, le pouvoir vers lequel il a rampé ne lui a tendu nulle perche. Et le laisse à terre, réduit à sa simple expression.

Lorsque Joseph Kabila accède à la magistrature suprême en janvier 2021, c’est à ce professeur de droit constitutionnel qu’il confie la direction de son cabinet. Cela fait moderne et progressiste en même temps, car Evariste Boshab avait la réputation d’exprimer ses opinions avec courage et sans la moindre fioriture. Mais l’homme se fera connaître du grand public en 2004, suite au scandale de l’argent – 32 millions de dollars US – payé à la SNEL par la république du Congo, en guise du paiement des factures d’importation du courant fourni par le barrage hydroélectrique d’Inga.

Avec quelques comparses, il met la main sur 10% de la somme, soit 3,2 millions de dollars, qu’ils se partagent goulument, la plus grande part lui revenant. Face au tollé, Kabila dut se séparer de lui, mais le protégea contre toute poursuite judiciaire. Elu député national de Mweka en 2006, c’est sur lui que le chef de l’Etat d’alors jette son dévolu, d’abord pour succéder à Vital Kamerhe à la tête du parti présidentiel PPRD en 2007 et, ensuite, pour remplacer le même Kamerhe en tant que président de l’Assemblée nationale en 2009, devenant du coup le deuxième personnage de l’Etat. Boshab est au sommet de la gloire.

– Passablement ridicule –

A l’issue des élections générales de 2011, il sera nommé vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, numéro deux du gouvernement. Il n’a alors de cesse de militer pour un troisième mandat de Joseph Kabila, pourtant interdit par la Constitution. Il écrit même un livre, ‘‘Entre la révision de la Constitution et l’inanition de la nation’’, qui le rendit passablement ridicule dans les milieux intellectuel et politique congolais, et dans lequel il plaida pour une révision de la loi fondamentale afin de permettre à Joseph Kabila se s’éterniser au pouvoir. Considéré comme l’un des fossoyeurs de la démocratie, il est sous sanctions de l’Union européenne depuis 2016. Mais M. Kabila ne le suit pas. Et quitte le pouvoir début janvier 2019.

Boshab se console en se faisant élire député, puis sénateur, aux côtés de son épouse Victorine Luese. Il vise alors la première vice-présidence de la chambre haute, mais échoue face à l’incroyable Samy Badibanga, porté par une baraka historique. Dans une coalition quasi en mode cohabitation entre un président de la république issu de l’UDPS et un gouvernement dirigé par un Premier ministre venu de la majorité parlementaire FCC, Evariste Boshab dépeint alors le régime en place à Kinshasa comme étant ‘‘primo-minnistériel’’, c’est-à-dire que le Premier ministre devait, selon lui, prévaloir sur le chef de l’Etat, suscitant une royale colère des partisans du président de la république.

Mais Félix Tshisekedi a réussi, tel un Caterpillar, à renverser la majorité pour la retourner en sa faveur. Du coup, comme dans la célèbre chanson du chanteur français Jacques Dutronc, Evariste Boshab, l’enfant terrible de la Kabilie, lui à qui Joseph Kabila a tout donné, retourne lui aussi sa veste, à l’étonnement général. Il crée son propre parti politique, Alliance pour les actions citoyennes (AAC), qui se fond dans le regroupement politique Alliance des acteurs attachés au peuple, AAAP de Tony Kanku. Le voilà à la remorque d’un cousin de Félix Tshisekedi à qui il n’aurait jamais accordé la moindre importance quand il trônait dans sa toute puissance dans le pouvoir kabiliste.

– A terre et sans mandat –

Sauf que le nouveau tshisekediste et son épouse voient invalider leurs résultats respectivement à Mweka pour Boshab et à Ilebo pour Victorine Luese, pour avoir tranquillement voté à domicile avec leurs propres machines à voter. Après deux plaintes sans succès à la Cour constitutionnelle et au Conseil d’Etat, Boshab met le cap sur le sénat. Il tient à exister politiquement en tant que néo-tshisekediste. Ça peut lui permettre de mieux flagorner sous les lumières et les lambris de la République. Le 29 avril, il est proclamé élu au Sénat, avec trois voix, ex-aequo avec le président du bureau d’âge Gaston Nkole Tshimuanga (CAC), mais derrière Joseph Ngalamulume (AFDC-A) avec 6 voix, et Clément Muya (DTC), qui récolte 5 voix. L’homme peut pavoiser.

Mais il n’aura pas le temps de sabler le champagne : durant la semaine, la CENI se penche à nouveau sur cette élection. En effet, la liste TDC totalise 4 voix, et dépasse donc Boshab et Nkole Tshimuanga. Les deux candidats de cette liste, Théo Kazadi Muayila et Hubert Mbingho Nvula, font chacun 2 voix. Le choix se porte donc sur le plus âgé, Hubert Mbingho Nvula, qui est proclamé élu. Reste donc les deux candidats à trois voix pour le dernier siège : Gaston Nkole (71 ans) et Evariste Boshab (68 ans). A égalité de voix, le siège est alloué au plus âgé encore une fois : Gaston Nkole Tshimuanga.

Et voici Boshab Mabudji ma Bilenge à terre, sans mandat politique. Des sources proches de l’ex-chef de l’Etat indiquent que Joseph Kabila s’est marré à se casser les cotes, en voyant comment son ancien féal a mordu la poussière dans sa volonté de jouer au tshisekdiste.

Aristote Kajibwami – Finance.cd

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