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Constitution, Monsenepwo valide l’idée du changement

Thierry Monsenepwo approuve la démarche amorcée par le chef de l’État pour le changement de la Constitution. Le membre du bureau politique de l’Union sacrée constate que la situation actuelle des institutions illustre bien la nécessité de doter le pays d’une Constitution qui va être adaptée aux réalités des Congolais.

Par Rich Ntumba

Jean Thierry Monsenepwo, leader des jeunes de la CCU et cadre de la famille politique au pouvoir. @Photo Droits tiers.

publié le 21 mai 2024 à 04:11:00

A Ouragan, Monsenepwo estime qu’une nouvelle Constitution offrira la possibilité de mettre en place un système qui consacrerait un chevauchement des institutions. Par exemple, argumente-t-il, le chef de l’État aura un mandat allant au-delà de cinq ans et qu’il trouvera un Parlement fonctionnel pour ne pas traîner avec la formation du gouvernement ou la détermination de la majorité parlementaire. A ses yeux, changer carrément la Constitution reste la solution pour tirer le pays du gouffre actuel.

Ouragan : Jean Thierry Monsenepwo,
Vous êtes membre du bureau politique de l’Union sacrée. Pourquoi donnez-vous si vite raison au président de la République sur son idée d’engager des réformes constitutionnelles, pourtant la question divise déjà les Congolais ?

Monsenepwo : La question ne divise pas les Congolais. C’est une question qui a été déjà réfléchie en 2011 et qui a apporté les modifications que l’on a enregistrées. Elle a ensuite été mise sur la table en 2015, mais ça été rejeté. Aujourd’hui, les Congolais se rendent compte qu’il y a énormément besoin de réguler certains pans de la société via la loi fondamentale. Et le chef de l’État n’a fait que dire tout haut ce que la plupart des Congolais pensent tout bas. Lorsque le chef de l’État parle d’un blocage en ce qui concerne le fonctionnement des institutions, il n’a pas tort dans la mesure où la Constitution donne un mandat de cinq ans à chaque institution. Au-delà de ce temps imparti, il y a des élections générales qui, malheureusement, remettent sur la scène l’opinion publique, qui doit faire le choix sur la plupart des animateurs des institutions. Ce qui veut dire que le chef de l’État qui est le premier à être installé et investi, se retrouve sans corollaire notamment avec le Parlement ainsi que les gouverneurs. Donc il y a un moyen de réfléchir sur une possibilité de mettre en place un système qui consacrerait un chevauchement des institutions où par exemple le chef de l’État aura un mandat allant au-delà de cinq ans et qu’il trouverait un Parlement fonctionnel pour ne pas traîner avec la formation du gouvernement ou la détermination de la majorité parlementaire, etc… Sans oublier qu’aujourd’hui, les Congolais se posent des questions sur certains articles de cette Constitution, notamment l’article 217 qui consacre le fait qu’au nom de la solidarité africaine, la RDC peut céder les pans de notre territoire. Pour nous autres qui sommes des nationalistes et Lumumbistes, cela nous fait bouger sur la chaise, et c’est inacceptable. Au-delà de ça, il y a des questions liées aux minorités dans l’article 9. Dans notre Constitution, on parle des minorités alors qu’en réalité, lorsque nous regardons les 450 ethnies et tribus qui constituent la RDC, vous vous rendrez compte que prises individuellement, ces ethnies sont minoritaires. Donc consacrer dans une loi fondamentale la question des minorités, donne la légitimité aujourd’hui à ceux qui utilisent cet article pour se victimiser afin de déstabiliser le pays. Cela est inaccessible. Enfin, nous sommes en démocratie, il n’est pas interdit de réfléchir. Déjà la Constitution prévoit les mécanismes de sa révision. Alors je ne vois pas ce qui dérangerait de se poser des questions 18 ans après de ce qu’il en est de cette Constitution, de ce qu’on ajoute pour que ça puisse réguler la vie des Congolais et aller même au-delà pour que ça consolide les plans de gestion de notre pays.

Et selon vous, faut-il carrément changer la Constitution ?

Justement. C’est cela le travail qui doit être fait. Le président de la République a promis de mettre sur pied une équipe de réflexion. Il est de choix de tous les Congolais de réfléchir et de porter leurs idées dans la mesure où ils peuvent comme ça savoir si on va vers la révision de certains articles qui posent problème ou carrément à aller vers une quatrième République avec une nouvelle Constitution. Cela n’est pas du tout interdit encore que nous savons que les élus sortis des urnes ont une légitimité plus grande que ce qu’on a connu dans le temps.

Changer la Constitution suppose remettre le compteur à zéro et permettre ainsi au président de la République au bout de ses deux premiers mandats constitutionnels, de se représenter encore deux fois, n’est-ce pas franchir la ligne rouge tracée par l’opposition ?

Justement, c’est cela le problème. Si l’on doit à chaque fois dans notre pays rendre un débat scientifique subjectif, nous n’allons jamais avancer. On ne peut pas restreindre les questions de réflexion de gestion de la vie démocratique d’un pays à l’aune de l’homme Félix Tshisekedi, président de la République soit-il; à l’aune des opposants, individus simples ou Congolais simples soient-ils. Donc, il est question ici de dépassionner le débat, de cesser de faire les procès d’intention et de réfléchir sur les besoins que le Congo a aujourd’hui en termes d’améliorer sa démocratie. Vous savez, la démocratie est un processus. Et ce dernier va crescendo dans la mesure où il y a la volonté et l’intelligence qui sont mises à contribution. Donc, depuis 2006, nous avons connu les cycles électoraux, nous avons compris et nous avons été enseignés par rapport aux familles et forces qu’il y a eu à chaque cycle. Il est donc important qu’au bout du troisième cycle que l’on réfléchisse sur la possibilité de mettre en place une équipe pour nous aider à avoir l’arsenal juridique qui, d’ailleurs, prend son essor sur la loi fondamentale, laquelle pourrait permettre à ce que nous stabilisions réellement les institutions. Il ne faut pas aller dans un sens subjectif ou sinon on se perd.

Vous n’épousez pas la thèse de ceux qui craignent la présidence à vie ?

Il n’est pas ici question de présidence à vie. Si lorsque l’on doit établir des lois, on doit à chaque fois se baser sur des procès d’intention, cela ne marchera jamais. Parce qu’autant que ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir peuvent être pris pour cible dans ce procès d’intention, autant eux aussi peuvent avoir des procès d’intention sur les autres qui sont opposants. Mais la question qui est ici, c’est de ne penser qu’au peuple. Il veut aujourd’hui des institutions efficaces. Celles qui ne prennent pas le temps de se mettre en place au-delà des élections. Le peuple a besoin des institutions qui sont proches de lui. Il a besoin de la stabilité.

A la fin du règne de l’ex-président Joseph Kabila, une tentative similaire avait échoué. N’allez-vous pas revivre le même scénario ?

Oui, mais cela dépend de la motivation. La motivation première qui a été défendue par la ligne FCC à l’époque, c’est la motivation d’accorder un troisième mandat. Si c’est celle-là, on va se buter à une réaction négative de la population. Mais si la démarche est dans le sens de répondre aujourd’hui aux questions que se posent les Congolais : pourquoi depuis décembre, on a pas un gouvernement ? Pourquoi le choix sur les animateurs des institutions traîne ? Pourquoi faut-il dépenser un milliard et demi chaque cinq ans ? Pourquoi nos institutions sont-elles autant ballottées ?… Mais si on doit apporter des réponses à travers la Constitution de notre pays, où est le mal ?

Delly Sesanga et le professeur Mampuya ont battu en brèche l’argument de considérer la Constitution comme le blocage pour justifier les faiblesses de la gouvernance actuelle ?

C’est totalement ridicule dans la mesure où le professeur Mampuya a été mon collègue lors du dialogue de la Cité de l’Union africaine. Nous avons travaillé avec lui sur la ligne de défense de ce qu’était la pensée d’Evariste Boshab de changement de la Constitution. Delly Sesanga a été porteur des réformes qui devraient être intégrées dans cette Constitution avec son groupe de G13. Donc le discours change quand il s’agit de Félix Tshisekedi. Quand il s’agit de lui, on a une autre posture. C’est ça le péché, subjectiver le débat. Ça ne sert à rien. Et ça nous amènera nulle part. Il faut qu’on dépassionne le débat, qu’on se dépasse et qu’on amène la réflexion vers des réponses que le peuple attend.

Mais apparemment, la tendance à l’Union sacrée, c’est vouloir concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme (chef de l’État) pour le rendre plus fort, au détriment de toutes les institutions ?

Mais si cela était la question de l’Union sacrée, nous ne serions pas là en train de réfléchir sur l’ABC de ce qu’il faut. Pour qu’on améliore ou pas la loi fondamentale. Le chef de l’État, démocrate qu’il est, a clairement dit qu’il mettrait en place une structure de réflexion. Si c’était une question de caisse de résonance, l’ordre allait être donné, nous avons la majorité à l’Assemblée. Mais, ici la question est de réfléchir, non pas de voir le président de la République, mais que ce pays fonctionne avec plusieurs institutions. Ce pays a des problèmes. Les articles de la Constitution dont je viens de vous faire allusion, causent des problèmes aujourd’hui. Ça effraie les Congolais. Il faut les rassurer. Quelle est la responsabilité de l’homme politique en ce moment-là ? C’est de réfléchir sur les réponses à apporter. Cela passe donc par cette réflexion qui permettrait de dégager un consensus qui, demain, sera présentée aux Congolais. Voilà la démarche.

Donner au président de la République le pouvoir de nommer les gouverneurs ?

Attendez, aujourd’hui, quel est le tableau qui est présenté devant nous? Ce tableau est que, nous avons des gouverneurs qui sont ballottés par les Assemblées provinciales, selon que les députés provinciaux ont tel ou tel autre penchant. Nous avons des provinces qui sont déstabilisées systématiquement. Quels sont les meilleurs gouverneurs qui ont travaillé dans le parcours historique de notre pays ? Ce sont les gouverneurs qui étaient sous le maréchal Mobutu. Et comment ont-ils été choisis ? Par le chef de l’État, à l’abri de ces menaces, de ces appétits voraces… Je ne dis pas que tous les députés provinciaux sont ainsi. C’est pour vous dire que, si dans l’histoire de notre pays, il y a des choses qui ont marché, pourquoi ne pas remettre ça en selle, parce que la démocratie n’est pas un modèle standard et universel, c’est un modèle adaptatif selon les réalités de chaque pays. Nous avons une démocratie en Chine qui marche selon les Chinois. Nous en avons une autre en Russie, aux États-Unis, en France et en Belgique qui est sous la royauté. En Grande-Bretagne, c’est la même chose. Donc laissez aux Congolais la possibilité d’avoir une démocratie selon eux, qui permettrait à ce que la cité soit bien gérée. Le but de la démocratie, ce n’est pas de bloquer un adversaire ou de mettre en mal le chef de l’État, non, c’est de permettre la meilleure gestion de la cité.

Faut-il supprimer les Assemblées provinciales ?

Les Assemblées provinciales servent non seulement à défenestrer les gouverneurs, mais aussi à produire des édits, à contrôler la gestion, elles sont avant tout l’autorité budgétaire. Mais qu’est-ce que nous constatons ? Sur les 26 provinces, combien durant les cinq dernières années ont eu à travailler ? Combien de fois avons-nous assisté à des fermetures des Assemblées provinciales par le ministre de l’Intérieur ? Tout cela n’est pas de nature à donner un élan de démocratie et de développement dans nos différentes provinces. C’est inacceptable. Eh bien, réfléchir sur la meilleure manière de gérer les provinces, ce n’est pas un péché.

Le rejet par le peuple de ce projet sonnerait-il le glas du régime Tshisekedi ?

Le rejet par qui ? La population ? Je ne pense pas, parce qu’il n’y a pas de maître à sanctionner dans la population. Le rejet par ces aigris qui ne veulent pas de la réflexion, qui ne font que se contredire… Hier, ils ont dit A et aujourd’hui ils disent B parce qu’il s’agit de Félix Tshisekedi, c’est un rejet qui ne comptera que pour du beurre. Parce que c’est un rejet basé sur l’aigreur, et non sur l’argumentaire. Nous cherchons l’argumentaire, nous cherchons la contradiction.

Propos recueillis par Rich Ntumba

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