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« Plaidoyer pour une véritable politique d’égalité de genre »

Après trois longs mois d’attente interminable et de spéculations de tout genre ainsi que des querelles et guerres fratricides, malgré une majorité absolue taillée sur mesure à l’issue d’un hold-up électoral décrié par la CENCO, l’ECC, la société civile et plusieurs personnalités, enfin une femme vient d’être nommée Première ministre, cheffe du gouvernement.

Alphonse Maindo, professeur à la faculté des Sciences politiques à l’université de Kisangani @Photo Droits tiers.

publié le 4 avril 2024 à 18:02:33

C’est une première dans l’histoire du pays, même si un Prince taiseux avait déjà donné le las en désignant une femme à la tête de l’assemblée nationale. Soit dit en passant, cette grande égérie nationale avait d’ailleurs été vite vilipendée, traitée de tous les noms d’animaux avant d’être défenestrée par les chantres du leadership d’aujourd’hui. Tout cela, parce qu’elle était d’abord une femme et, qui plus est, du mauvais côté de l’histoire. Les réactions d’euphorie générale voire généralisante, en dépit de quelques voix dissonantes, sont compréhensibles et expliquent la vague des félicitations et des fans clubs. Personnellement, j’aurais pu également exulter comme nombre d’entre nous, mais je ne vois pas, en toute lucidité et objectivité, de raison de le faire. Et pour une triple cause !

Primo, la Constitution du pays impose la parité homme et femme dans les institutions publiques. Or, les institutions publiques affichent un déficit criant en la matière, sans parler des partis politiques, y compris et surtout ceux aux affaires. Le gouvernement dont est issue l’heureuse élue du Prince prometteux et qui expédie les affaires courantes en constituent une preuve patente, s’il y en avait encore besoin. En témoignent aussi se sénat sortant et l’assemblée nationale sortie dont on avait défenestré sans ménagement une grande dame pour la remplacer par un mâle qui, à ne pas s’y méprendre, est un digne dinosaure, un véritable fossile de l’ère Mobutu.

Secundo, au-delà des nominations cosmétiques et des effets d’annonces politiciens qui flattent les égos, y compris des femmes et des féministes, au-delà des chiffres, quelle est la place des femmes dans les institutions, dans la société congolaise d’aujourd’hui ? Les jeunes filles ont-elles les mêmes chances que les garçons à la naissance, pour la scolarisation, pour l’emploi, pour l’héritage, pour la rémunération professionnelle, pour la poursuite de leurs carrières et la réalisation de leurs rêves, face aux aléas de la vie, etc. ? Quelle est la qualité de la participation des femmes dans les affaires publiques quand on sait que nombre d’entre elles sont assignées à jouer les figurantes, voire à servir de marchepieds et de faire-valoir? Je ne parle même pas du sort et du traitement, voire du regard et des représentations des mâles et de notre société par rapport aux femmes d’exception en politique ou dans le secteur privé voire associatif ? De quel nom d’animal ou d’insecte ne les affuble-t-on pas ? On ne décrète pas l’égalité de genre, pour être un vrai champion de la masculinité positive, il faut une vraie politique volontariste portée par une vision et un leadership clair, mais aussi alimentée par des mécanismes d’incitations sélectives et de sanctions.

Tertio, ce choix d’une femme à la tête du gouvernement obéit ontologiquement à la logique séculaire prévalant au Congo depuis sa fondation, celle de laisser les plus hautes affaires étatiques entre les mains (et non à l’intelligence) des personnes faibles, plus malléables, en en éloignant ou en en éjectant les indociles dont certains finissent parfois par se suicider comme on l’a vu dans une affaire criminelle récente. A l’origine de l’Etat Indépendant du Congo (EIC), les puissances mondiales qui se disputaient le bassin du Congo avaient finalement résolu le problème en le confiant à un monarque fantoche d’un petit royaume ayant à peine obtenu son indépendance d’un grand empire et en quête de grandeur et de reconnaissance internationale. Le monarque propulsé à la tête de l’EIC se devait d’y garantir le libre échange et de le mettre résolument en libre accès pour tout(e)s. Mal lui en prit. Quand il s’est mis dans la tête, l’espace d’une seconde, à se prendre pour le roi du Congo, une forte campagne eut vite fait d’avoir raison de lui. Après lui, bien des Princes du même acabit ont pu régner sur ce royaume en déshérence, la durée de leur survie variant en fonction de leur capacité à garantir plus ou moins longuement les intérêts des Princes de ce monde. Dès lors, il est clair que cette nomination d’une dame au sommet d’un gouvernement, quels que soient son parcours, ses mérites et compétences personnels, est foncièrement une instrumentalisation politicienne de la femme contre les prétentions boulimiques du pouvoir des mâles de la stratosphère congolaise, en faisant en même temps un vilain clin d’œil aux militants des droits de la femme (dont beaucoup sont malheureusement tombés dans le panneau affiché de l’affirmation du leadership féminin). Il ne faut d’ailleurs pas leur en vouloir d’être tombés dans le piège d’un maître manipulateur qui a tout réussi jusqu’ici sauf son règne foireux, rendant la majorité populaire grincheuse, que dis-je ?, haineuse.

L’heure n’est plus à l’épidermisme politicien de mauvais alois, mais à l’action publique efficace, donc à des résultats concrets, fruits d’un travail politique en profondeur. L’heure est à la responsabilité et à la conviction et non plus aux jérémiades et au syndrome d’Adam et Eve dans un système politique corbillard. Le syndrome d’Adam et Eve veut que toutes nos fautes et transgressions comme nos malheurs soient toujours dues à l’autre : l’enfer, c’est les autres. Si on a de mauvaises notes à l’école, c’est à cause des copains qui nous distraient, voire nous bloquent. C’est aussi simple que ça. Homme ou femme, il faut de véritables avancées des droits humains, des droits des femmes et des enfants, de l’égalité de genre et de l’inclusion sociale. A cette fin, il faut une vision politique, un leadership de transformation qui porte une authentique politique d’égalité de genre. Ce que je ne vois pas aujourd’hui ni même hier en dépit des affichages pompeux et creux sans consistance ni lendemain. Il s’agit d’un impératif de changement de paradigme. Apprenons des erreurs du passé et de nos voisins. Tenez. Le Rwanda est l’un des pays affichant le taux le plus élevé des femmes dans les affaires publiques, rivalisant même avec les pays scandinaves (champions mondiaux de la catégorie), dépassant de loin la France et la Belgique. Mais, au-delà des statistiques, quelle est la situation effective des femmes, de leurs droits dans ce pays, sans parler des droits humains tout court? C’est la nature du régime politique et du système politique qui est partout en cause ou à l’honneur. Dans un pays répressif et phallocratique, quoi qu’il advienne des femmes, leurs droits et leur situation demeurent bafoués, incertains et ignorés. Il en va de même des esprits libres, des intellectuels, des journalistes indépendants, des défenseurs des droits humains, des opposants politiques réels ou supposés tels par les régimes. Il n’est pas donc que le taux de suicide soit nettement plus élevé chez eux que dans la moyenne de la société et surtout chez les partisans des régimes en place. En revanche, les régimes pluralistes et ouverts offrent de réelles opportunités d’égalité de genre et d’inclusion sociale, d’épanouissement de soi en créant les conditions favorables.

Ceci dit, je prends donc acte de la nomination d’une Première Ministre à l’issue d’un simulacre électoral et appelle à une vraie politique d’égalité de genre et à la justice transitionnelle pour mettre fin à l’impunité des violences basées sur le genre qui font d’immenses ravages, surtout dans la partie orientale du pays, menaçant même la capacité reproductive de la nation. Par ma foi, je suis enclin à admettre que l’on peut créer l’ordre du néant (du chaos ?), le bien du mal, du bon vin de l’eau comme l’avait magistralement montré un Nazaréen il y a deux mille ans, à l’initiative d’une grande femme. Je préfère garder des pensées positives.

Ainsi réfléchi à Kisangani, le 04/04/2024

Alphonse Maindo, citoyen intellectuel libre d’esprit.

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