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Après Lumbala, Bemba risque gros

La Cour d’appel de Paris a confirmé mercredi 28 février la mise en accusation de Roger Lumbala «pour complicité des crimes contre l’humanité». Ancien responsable du RCD-N, l’ex-député congolais avait été arrêté le 2 janvier 2021 en France. Dans ce dossier, le très controversé Jean-Pierre Bemba, actuel ministre congolais de la Défense et l’un des principaux alliés du président Félix Tshisekedi, est cité. Après avoir eu maille à partir avec la CPI, le leader du Mlc pourrait de nouveau affronter la justice internationale.

Par Patricia Ngalula

Jean-Pierre Bemba, le vice-Premier ministre de la Défense cité par Roger Lumbala dans le dossier des crimes contre l’humanité commis à Mambasa en Ituri, l’une de quatre provinces démembrées de l’ex-Province orientale @Photo Droits tiers.

publié le 1 mars 2024 à 03:41:00

L’ancien chef de guerre qui a passé 10 ans en prison à la Cour pénale internationale, avait été acquitté par la CPI des accusations de meurtres, viols et pillages commis en Centrafrique par sa milice entre octobre 2002 et mars 2003. Il avait toutefois été condamné pour subornation de témoins dans le cadre de son procès. Mais Bemba n’a jamais répondu de ses crimes en République démocratique du Congo. Des sources judiciaires françaises, il serait le prochain sur la liste après Roger Lumbala du RCD-N, qui l’aurait cité dans ses dépositions.

– Bemba risque gros sur le dossier des pygmées –

Les faits reprochés à Roger Lumbala considéré comme complice de Bemba, datent de 2000 lorsqu’il dirigeait à l’époque le Rassemblement congolais pour la démocratie nationale (RCD-N). Ce groupe armé, fondé en 1998, a été accusé dans plusieurs rapports des Nations unies de viols, d’exécutions sommaires, d’enlèvements, de mutilations et de cannibalisme dans l’Ituri, principalement contre les ethnies Nande et Pygmées.

D’après une source proche du dossier, depuis qu’il est entendu, Roger Lumbala a pu démontrer preuves à l’appui qu’il n’a jamais disposé des éléments armés et que tous ceux qui étaient dans cette opération, étaient des éléments déployés par Jean-Pierre Bemba, alors chef de guerre. Et comme pour confirmer cela, Roger Lumbala aurait détaillé que même dans le cadre de 1+4, la formule de partage du pouvoir intervenue après le dialogue intercongolais de Sun City en Afrique du Sud, les composantes et entités s’étaient partagées des postes, notamment dans des régions militaires, au niveau de l’état-major général, des renseignements militaires, des bataillons, des brigades, mais lui Lumbala n’avait désigné personne, tous les militaires étaient désignés par Bemba. La preuve que ces militaires-là répondaient du commandement de l’Armée de libération du Congo (ALC) dont Bemba était le chef.

Une source du média en ligne Scooprdc.net alerte que l’on ne soit pas surpris que dans les tout prochains jours que la France puisse demander la collaboration avec la justice congolaise pour que Jean-Pierre Bemba soit écouté. Si Lumbala s’enfonce déjà, soutient la source du média en ligne, il sera plus difficile pour Jean-Pierre Bemba de s’en sortir. C’est dans le cadre de la nouvelle doctrine de la responsabilité de “supérieur hiérarchique” telle que développée depuis un moment par le Droit pénal international moderne, déclare-t-elle.

– Rappel des faits –

Pendant la rébellion déclenchée contre le régime de Mzee Laurent-Désiré Kabila en 1998, la grande Orientale était contrôlée par trois fractions. Une partie par le RCD/Goma d’Azarias Ruberwa, une autre par le MLC de Jean-Pierre Bemba et une dernière enfin par le RCD/KML d’Antipas Mbusa Nyamwisi. Ce dernier régnait sur Isiro avec sa capitale à Beni. Jean-Pierre Bemba qui avait sa capitale à Gbadolite, outre le grand Équateur, contrôlait l’actuelle province du Bas-Uele en contigu avec le Haut-Uele contrôlé par l’Armée du peuple congolais (APC), la branche armée de Mbusa Nyamwisi.
À un moment, il y a eu des escarmouches entre l’APC et l’ALC (Armée de Libération du Congo), branche armée du Mouvement de Libération du Congo de Jean-Pierre Bemba. Si bien qu’un jour, le tout puissant leader du MLC décida de déloger Mbusa Nyamwisi d’Isiro. Les affrontements qui avaient commencé vers le Bas-Uele, se poursuivront jusqu’à Isiro. Par la suite, les éléments de Bemba vont continuer à repousser ceux de Mbusa jusqu’à Mambasa en Ituri. Et cette opération était baptisée « Effacer le tableau ». Elle était commandée par deux officiers, le général Ndima Constant, l’ex-gouverneur militaire du Nord-Kivu et feu général Widi Divioka.

Ces opérations étaient caractérisées par des violations graves des droits de l’homme. Et les prêtres de Sacré-Cœur basés à Mambasa qui avaient vécu dans leur chair ces violences, ont suffisamment contribué à documenter ce qui s’était passé dans leur terroir et les environs, notamment des exactions extrajudiciaires, des tortures et même le cannibalisme. C’est au regard de ces crimes graves que Roger Lumbala a d’ailleurs été interpellé et finalement accusé en France.

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