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Achille Kadima “wanted”, la presse libre étouffée

Il porte à travers son journal la voix des sans voix. En voulant taire Achille Kadima, le régime cherche à décapiter le seul titre encore actif, symbole de la presse libre qui met sur la place publique les dérives, les détournements et les violations des droits de l’homme.

Par Landry Amisi

Achille Kadima, le directeur général du tri-hebdomadaire AfricaNews @Photo Droits tiers.

publié le 7 juillet 2023 à 04:30:00

L’invitation officielle porte la signature du conseiller spécial lui-même. Le journaliste est prié de se présenter ce vendredi 7 juillet 2023 à 10h00 dans les installations du service du conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité, à la cité de l’Union africaine (Mont-Ngaliema) pour une “séance de travail”. Rien de plus. Le caractère évasif du document interroge sur la vraie intention de son auteur. En réponse, le DG du tri-hebdomadaire AfricaNews, Achille Kadima, a sollicité via son avocat que la “séance de travail” voulue par le “spécial”, s’organise soit au cabinet de travail du ministre de la Communication, ou au niveau de sa corporation journalistique “pour raison de sérénité”. Sinon depuis quelques mois, AfricaNews, l’institution qui paraît le premier, troisième et cinquième jours de la semaine, est devenu la cible d’intimidations. À l’approche des élections, la tendance d’une reprise en main autoritaire de la presse par le pouvoir se fait sentir. Journalistes incarcérés et harcelés, médias fermés, intimidations permanentes, tout est mobilisé pour faire peur aux hommes de médias. Le président Tshisekedi a-t-il finalement décidé de bayonner la presse qui ne le louange pas ? Les derniers signes ne trompent pas. Son discours radical de Mbuji-Mayi en fait foi, affirme un activiste des droits de l’homme. Le président avait promis, sans le dire ouvertement, de s’en prendre à tous ceux qui vont tenter de l’empêcher à faire son deuxième mandat. Pire, il s’est bombé le torse en prévenant qu’il s’en foutait “des droits de l’homme et de la démocratie”. À considérer le sérieux du journal Africa news rompu dans la révélation des dessous de cartes de scandales, de dossiers sales du régime, la convocation de son patron Achille Kadima par le “Monsieur sécurité” du chef ne peut étonner les esprits avertis. Depuis que le régime actuel s’est lancé dans la conservation du pouvoir, il fait pire que les Kabila et Mobutu, dénonce un ancien diplomate. À l’intolérance des militants ensauvagés du parti présidentiel, a-t-il déploré, il faut ajouter les brimades et le supplice que les services de sécurité font subir aux opposants.

Achille Kadima droit dans ses bottes

Kadima a cravaché pour bâtir un média qui rayonne depuis plus d’une décennie dans son pays. AfricaNews s’est construit une réputation qui fait de ce média l’un des fleurons de la presse écrite congolaise. Le professionnalisme de Kadima plaide toujours en sa faveur. Intransigeant devant les faits, l’homme est de nature à ne pas reculer devant l’orage parce qu’il sait qu’il défend la vérité. Une vérité qui fait mal au pouvoir et aux prétendus hommes “forts”. Bien avant, AKM avait payé le prix. Brimades, contraint à l’exil, mais jamais, il n’a été ébranlé dans sa mission de donner à ses millions de lecteurs la vraie information. Blacklisté parmi les journalistes à traquer, Achille Kadima reste debout. Hier, la même Udps avait recouru à son journal pour défendre son combat, aujourd’hui, il est normal que les autres relaient aussi leurs points de vue. Voilà la vitalité de la démocratie que n’admettent pas ceux qui sont bornés par la pensée unique. « Le journalisme libre et indépendant est notre meilleur allié dans la lutte contre la désinformation et les fausses informations », avait martelé Michelle Bachelet, l’ancienne présidente de la République du Chili. Si Barack Obama avait salué, à l’époque de son règne à la Maison Blanche, le rôle des journalistes qui “donnent une voix à ceux qui n’en ont pas, exposent les injustices et obligent les dirigeants comme lui à rendre des comptes”, tel n’est pas le cas de certains chefs d’État africains qui prennent malheureusement les journalistes pour des adversaires politiques. En dehors de l’embellie de façade et en dépit de la nouvelle loi sur l’exercice de la presse qui trace pourtant bien le cadre, “les professionnels de médias sont toujours harcelés, détenus ou contraints à l’exil simplement pour avoir fait leur travail”.

Vers la pensée unique

Vouloir taire AfricaNews, c’est retourner les Congolais à l’époque de la pensée unique. Le très crédible tri-hebdomadaire fouille dans les ruines de la megestion, de détournements pour démontrer aux Congolais le contraire du discours officiel. La tendance du pouvoir à vouloir caporaliser la presse ne passera pas, a averti un cadre du syndicat des journalistes. Il rappelle que si le conseiller spécial pense ouvrir le bal des arrestations de journalistes, “la démocratie poussera le peuple à contrer la forfaiture d’un régime qui tangue”. Considéré comme critique du pouvoir, Achille Kadima sait qu’il n’a commis aucune faute professionnelle. Sur les réseaux sociaux, un vent de colère teinté de déception traverse la presse congolaise.

La démocrature

« Ce néologisme est apparu à travers le nom d’un ouvrage de Max Liniger-Goumaz, économiste et sociologue suisse. La démocrature, dictature camouflée, démocratie truquée, publiée en 1992. De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’un régime avec toutes les apparences d’une démocratie (Constitution, élections, séparation des pouvoirs…), mais qui, dans les faits et dans les actes, fonctionne comme une dictature. Les dirigeants et son appareil politique aidés ou non par des partis alliés manipulent ces institutions et les médias afin de conserver leurs pouvoirs ». Emma Dureux. Peut-on dire que la RDC vit la démocrature avec le bayonnement de la liberté de la presse. D’aucuns sont tentés de répondre par l’affirmatif. Michelle Bachelet, la Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme rappelait dans son récent message que la presse libre, non censurée et indépendante, est la « pierre angulaire des sociétés démocratiques ». Elle transmet des informations vitales, améliore la participation du public et renforce la responsabilité et le respect des droits de l’homme. Malheureusement dans les dictatures, outre, le fait que les pouvoirs autoritaires dissuadent des journalistes de rendre compte de manière critique des questions pertinentes, les coincer affaiblit le débat public et entrave la capacité de la société à répondre efficacement aux défis.

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