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Thomas Luhaka , les 7 prescriptions du leadership national

Depuis l’accession de notre pays à l’indépendance en 1960, la classe politique congolaise se caractérise par le tâtonnement dans la recherche d’un modèle de leadership adapté à la société congolaise. Ce tâtonnement a généré des conséquences dramatiques pour la population.

Thomas Luhaka, leader politique et ancien ministre de l’ESU @Photo Droits tiers

publié le 24 janvier 2023 à 06:20:00

La première conséquence de ce tâtonnement est le nombre très élevé des conflits politiques, armés ou non armés, qu’a connus la République démocratique du Congo. En 63 ans d’indépendance, en partant de la sécession katangaise jusqu’au M23 actuel soutenu par le Rwanda, la RDC a vécu pas moins de 18 conflits armés, record absolu en Afrique.

La deuxième conséquence est la déliquescence de l’État congolais, qui est devenu incapable de protéger la population contre les attaques internes et externes. La preuve actuelle de cette incapacité de l’État est le nombre des appels au secours des forces étrangères (Monusco, armée ougandaise en Ituri et au Nord-Kivu, la Force de l’EAC, l’armée burundaise au Sud-Kivu…), ainsi que le pullulement des groupes armés congolais ou étrangers dans l’est du pays.

La troisième conséquence de ce manque d’un modèle de leadership adapté à la société congolaise est la dégradation, depuis des décennies, de la situation socio-économique de la population sur l’ensemble du territoire national. Cette dégradation se traduit par le chômage des jeunes, le délabrement du système sanitaire, des infrastructures routières, scolaires, universitaires, l’insécurité urbaine et rurale…

Pour se donner les moyens de faire face à tous ces défis, nous proposons de revenir au modèle de leadership traditionnel ou ancestral. Ce modèle apparait clairement dans les prescriptions du Tshipoyi.

Le Tshipoyi est une espèce de chaise à porteurs sur laquelle on transporte le chef dans les traditions congolaises. C’est le symbole de l’élévation politique et sociale.

Voici les 7 prescriptions explicites ou tacites que chaque communauté envoie à son chef à travers le Tshipoyi.

  1. Le chef est le premier parmi ses semblables, « inter primus pares » comme les Latins.

Tout regroupement humain, toute communauté a besoin d’un chef pour le guider. Nous vous avons choisi ou accepté comme chef. En vous élevant sur le Tshipoyi, nous vous plaçons au-dessus de nous tous. Pas parce que vous êtes exceptionnel ou un demi-dieu ; mais parce que nous considérons que certaines de vos qualités personnelles peuvent aider la communauté à cheminer paisiblement sur la voie de sa destinée. Néanmoins, vous restez un être humain, comme nous tous. Tenant compte du fait que la mission que nous vous confions est vitale pour l’épanouissement de la communauté, nous vous devons respect et obéissance.

  1. Le chef est un solitaire.

En vous transportant sur le Tshipoyi, vous devez savoir que c’est vous seul que nous élevons au-dessus de nous tous. C’est pour ça qu’il n’y a qu’une place sur le Tshipoyi. Donc, dans l’exercice de vos fonctions, vous n’avez plus de famille biologique ou politique, plus d’amis et de connaissances, plus de tribu ou de province d’origine. Vous devenez un « kondolo mpangi », un sans-famille, pour utiliser le vocabulaire des bakongo. L’impartialité et l’objectivité seront désormais vos principales caractéristiques.

  1. Le chef est un visionnaire-serviteur.

Nous vous mettons sur le Tshipoyi au-dessus de nous pour vous permettre de voir plus loin que nous tous. Cette position élevée, qui n’est pas un privilège, mais plutôt un sacerdoce au service de la communauté, vous contraint à anticiper sur les dangers et les menaces qui peuvent surgir sur notre chemin, et proposer des solutions idoines. Elle vous permettra aussi de nous conduire vers des verts pâturages.

  1. Le chef est à l’abri des besoins matériels.

Sur le Tshipoyi, nous nous organiserons pour vous assurer un certain confort matériel et vous éviter les soucis quotidiens liés à votre survie. Vous n’aurez plus à aller au champ, à la pêche, à la chasse. Nous vous apporterons tout le nécessaire. Ceci pour vous permettre de vous concentrer totalement et uniquement sur les intérêts et préoccupations de la communauté, et de trouver des solutions adéquates à nos problèmes.

  1. Le chef n’est pas rancunier.

En montant sur le Tshipoyi, vous devez vous délester et vous dépouiller de vos sentiments personnels. Vous êtes obligé d’oublier les dettes morales que vous auriez contractées auprès de vos amis et connaissances dans votre vie antérieure. Le chef est soumis, pour l’intérêt supérieur de la communauté, au devoir d’ingratitude. De même, à l’égard de tous ceux qui vous ont fait du tort dans le passé (escroquer, ravir votre copine, insulter, vexer etc), vous vous devez d’oublier tout ça. Le chef ne peut pas profiter de son élévation sur le Tshipoyi, pour régler des comptes personnels. Le bon leader n’est pas rancunier.

  1. Le chef écoute, le chef sanctionne.

Être sur le Tshipoyi veut dire aussi que vous êtes au-dessus de nous, mais pas très éloigné de nous. Parce que vous devez être en permanence à l’écoute des membres de la communauté.

Partager leurs peines et leurs joies. Comprendre leurs préoccupations et leurs attentes. Les rassurer, les orienter, les encourager. Mais aussi punir, sanctionner les comportements ou les actions nuisibles à la communauté. Le chef est le garant de l’ordre et de la cohabitation pacifique au sein de la communauté.

  1. Le chef reste chef par la volonté de la communauté

Sur le Tshipoyi, vous devez constamment avoir à l’esprit que c’est par la volonté des membres de la communauté que vous vous maintenez dans cette position élevée.

Parce que le jour où la communauté se rendra compte que vous n’agissez plus conformément aux prescriptions ci-haut énumérées et que vous n’êtes pas le guide sage, juste, honnête, courageux, promoteur et défenseur de l’intérêt général…, les membres de la communauté pourront décider de vous déchoir du Tshipoyi. Fraternellement ou brutalement.

Nous sommes convaincus qu’en respectant ces prescriptions, qui étaient le soubassement traditionnel de l’exercice du pouvoir au sein de nos communautés, nous pouvons aujourd’hui bâtir rapidement un État prospère, puissant et respecté au cœur de l’Afrique. Et la République démocratique du Congo retrouvera vite sa vocation africaine : devenir l’État-phare de la civilisation noire.

À la seule condition que chacun de nous, à son niveau de responsabilité, intériorise cette sagesse héritée de nos ancêtres : les prescriptions du Tshipoyi.

Thomas Luhaka Losendjola

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