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Lettre ouverte de CASE à Denis Kadima : “Votre CENI est nauséabonde et détestable”

C’est une lettre ouverte très incisive que la Commission africaine pour la supervision des élections (CASE) adresse magistralement à Denis Kadima Kazadi, le président de la CENI. La CASE formule cinq questions pertinentes à l’autorité électorale pour une sortie de crise électorale en République démocratique du Congo.

Par Landry Amisi

Denis Kadima, le président de la commission électorale nationale indépendante @Photo Droits tiers

publié le 12 janvier 2023 à 08:09:00

L’évolution non rassurante du processus électoral en République démocratique du Congo suscite moult interrogations et conforte les incertitudes quant à l’issue chaotique des élections attendues en décembre 2023 sur toute l’étendue de la RDC. D’après la Commission africaine pour la supervision des élections (CASE), “après une année d’essais et erreurs inadmissibles dans un domaine de très haute sensibilité politique et de ferme exigence professionnelle comme celui des élections, il est tout à fait objectif d’interroger la centrale électorale sur l’évolution du processus”. La CASE estime que l’éloquence très élogieuse du parcours de Kadima dans l’accompagnement des processus électoraux en Afrique et dans le reste du monde vient d’être trahie par l’accumulation de bourdes infractionnelles dans la conduite de l’opération d’identification et enrôlement des électeurs qui se clôture incessamment dans les 10 provinces de la première aire opérationnelle de la zone ouest. “Des faiblesses graves et jamais constatées dans la gestion d’un cycle électoral classique voient le jour sans émouvoir l’administration électorale”, écrit la CASE. La plateforme spécialisée dans les questions électorales présente à l’équipe Kadima le non-respect de la loi n°04/028 du 24 décembre 2004 portant identification et enrôlement des électeurs en République démocratique du Congo telle que modifiée et complétée par la loi n°16/007 du 29 juin 2016 et par la loi n°18/007 du 27 juin 2018 en raison notamment du “monnayage de l’opération dans certains centres, le trafic d’influence de certains leaders des partis politiques au pouvoir, etc.”

La CENI cautionne une campagne électorale précoce dans les centres d’enrôlement

La lettre ouverte de la CASE fait précisément mention du “cautionnement d’une campagne électorale précoce qui se déroule sans vergogne dans le périmètre même des centres d’inscription des électeurs de la CENI”. Simaro Ngongo Mbayo, président de la CASE basé à Chicago aux États-Unis d’Amérique relève également les insuffisances criantes dans la planification technique de l’opération d’enrôlement des électeurs, lesquelles traduisent le niveau élevé d’impréparation et d’amateurisme du leadership de la CENI à conduire la machine électorale de la RDC, dit-il. “Ce fiasco inqualifiable a été reconnu par Denis Kadima Kazadi au cours d’une interview sur Top Congo FM. En affirmant que la CENI navigue à vue, le leadership de la CENI s’est autodisqualifié”, flagelle-t-il. Et de renchérir qu’idéalement, l’administration électorale congolaise devrait se dessaisir de la gouvernance électorale afin d’aider la nation à stabiliser plus efficacement le processus électoral.

La CENI accentue la crise politique du pays

Simaro Ngongo Mbayo de la CASE déplore la fissure de la plateforme des confessions religieuses de la République démocratique du Congo à la suite de l’élection du président de la CENI sous très haute surveillance politique et financière du pouvoir. “Pour la toute première fois dans l’histoire de la RDC, le nom d’un candidat président de la CENI a divisé les plus importantes communautés religieuses du pays laissant des cassures (plaies) non cicatrisables jusqu’à ce jour”, écrit-il. Poursuivant son plaidoyer, le président de la CASE rappelle que le processus de désignation, entérinement, investiture et installation de l’actuelle équipe dirigeante de la CENI a été entaché d’irrégularités et violations flagrantes des lois de la République. “Le passage en force du président de la CENI et des pseudos délégués de l’opposition en qualité de membres de la centrale électorale, n’a fait qu’accentuer la méfiance vis-à-vis de l’institution de gestion des élections en République démocratique du Congo. Cette crise de confiance ne favorise pas la poursuite régulière du cycle électoral Congolais”, a-t-il indiqué.

Dans le même cheminement, la non-participation déclarée de certains partis de l’opposition politiques aux opérations d’identification et enrôlement des électeurs que la CENI semble prendre à la légère, est signe de la défectuosité avérée de la qualité des élections en cours d’organisation. “Cet état de choses altère la saveur des élections et sacrifie le principe d’inclusivité attendu du processus électoral”, a-t-il prévenu tout en dénonçant le penchant visible de l’actuelle CENI envers les partis et regroupements politiques du pouvoir et son insensibilité vis-à-vis des doléances de l’opposition. Cette attitude, a-t-il soutenu, confisque au processus toutes ses chances de bonne cohésion électorale.

La CASE demande la démission des 15 membrés de la CENI

Le leadership de la CENI étant reconnu dans son obstination à conduire le processus par défi et en faveur d’un seul camp politique, il devrait se ressaisir en levant des options courageuses de sauvetage du processus électoral, observe la CASE. Entre autres options fondamentales, suggérées à la CENI par la CASE figure la proposition de “démission collective des 15 membres de la CENI et leur remplacement par des personnalités issues d’une procédure régulière de désignation par les entités concernées”. La CASE revient sur sa recommandation consistant à demander à la CENI la suspension préventive de l’opération d’identification et enrôlement des électeurs afin de corriger les imperfections techniques et opérationnelles qui handicapent ladite opération. “Il est préférable que la CENI prochainement recomposée change de fournisseur de la carte d’électeur pour doter l’institution des équipements fiables et plus modernes offrant une carte d’électeur moins polémique”, a déclaré Simaro Ngongo Mbayo. Il révèle que la conduite de l’opération d’identification et enrôlement des électeurs par l’actuelle CENI n’est pas appréciée par tous les partis politiques de la majorité et que certains leaders de l’Union sacrée n’ont pas hésité de dénoncer les insuffisances techniques, logistiques et technologiques dans les centres d’inscription.

La CENI travaille seule et idole la société civile

La CASE déplore aussi la mise à l’écart de la société civile congolaise dans l’accompagnement et le suivi du processus électoral. “C’est une entorse inqualifiable et un manquement nocif à la loi”, insiste Simaro Ngongo Mbayo pour qui le partenariat sélectif conclu avec certaines structures alimentaires de la société civile ou encore celles travaillant dans l’accompagnement du pouvoir actuel en violation des principes de collaboration reconnus ne fait qu’alimenter la méfiance et la contestation. “Il en est de même des audiences négociées avec certaines parties prenantes dans l’objectif de simuler une quelconque adhésion au processus électoral, qui constituent une pratique manipulatrice de l’opinion publique qui ne correspond pas aux bonnes mœurs électorales”, décrit le président Simaro Ngongo.

La CENI se cacherait derrière le délai constitutionnel de la présidentielle

Pour la CASE, prétendre courir derrière le principe du respect du délai constitutionnel de l’élection présidentielle tout en accumulant des tares opérationnelles, des indélicatesses professionnelles, des barrières logistiques ainsi que des contraintes sécuritaires et financières est une mise en scène consistant à gagner du temps afin de s’éterniser aux commandes d’une CENI nauséabonde et détestable. “La Constitution étant l’émanation du peuple congolais, elle ne peut s’adapter qu’aux attentes populaires. À cet effet, toute application intéressée de celle-ci violerait le principe de la liberté et du libre choix des dirigeants de demain dans les meilleures conditions”, affirme le président Ngongo Mbayo. Pour lui, “une CENI désavouée, animée par des personnalités contestées ne peut s’appuyer sur la Constitution pour justifier toute diarrhée électorale”, fin de citation.

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