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Pressions sino-australiennes sur Kinshasa

Des batteries à sodium/soufre pour concurrencer le lithium congolais. Et si ce n’est que pour faire pression sur l’État congolais ?. Des chercheurs chinois et australiens, non autrement identifiés, fabriqueraient déjà une nouvelle batterie au sodium-soufre, plus performante que des batteries lithium-ion.

Par Pold Levi Maweja

Le lithium, le minerai à la base de la fabrication des batteries électriques qui se trouve en grande quantité en RDC @Photo Droits tiers

publié le 27 décembre 2022 à 06:14:00

L’information a été livrée par un média sans références notables dénommé PV magazine. Des périodiques spécialisés n’en font nullement écho. Ce n’est pas un scoop. Chinois et Australiens ont manifesté un grand intérêt pour l’exploitation du lithium congolais, principalement dans la bourgade de Manono, province du Tanganyika, dans l’ex-Katanga (Sud-est de la RDC).

En janvier 2019, la firme australienne AVZ Minerals s’est, on le sait, alliée le plus grand fabricant mondial d’électrolyte de batteries, le Chinois Guangzhou Tinci materials technology en vue du financement du projet Lithium Manono. AVZ Minerals a annoncé la levée de 10 millions de dollars australiens pour faire avancer son projet dans le sud-est de la RDC. Mais comme dans le dossier Grand Inga, le gouvernement congolais ne cesse d’ouvrir le marché du lithium à d’autres potentiels partenaires. Ce qui ne devrait nullement arranger les premiers venus.

Lithium nationalisé

Et l’annonce par le ministre de l’Industrie de la RDC, Julien Paluku, de l’implantation d’une usine de fabrication de batteries au lithium, pour 39 millions USD, à Lubumbashi, à quelques 600 kilomètres de Manono, sonne aux oreilles des majors du secteur comme une nationalisation d’un produit devenu un enjeu d’une concurrence mondiale hautement stratégique comme l’était l’uranium du temps de la guerre froide. Fin novembre 2022, Julien Paluku soutenait que “nous voulons nous rassurer que la base de la chaîne de valeur, c’est la RDC pour ne pas subir les pressions extérieures”, avant de renchérir que la tonne de lithium est à 71.000 USD sur le marché. “Si le pays arrive à exploiter 50 tonnes de lithium de cette valeur et que sur ce chiffre, on prélève 10%, il y a de quoi construire des routes, des chemins de fer et des centrales hydroélectriques pour la province du Tanganyika”. Et d’ajouter : « Je rassure que nous allons installer des usines à Manono après le Haut-Katanga. Nous commençons avec les précurseurs dans le Katanga mais pour les voitures électriques elles-mêmes, peut-être ça aura lieu à Manono ou ailleurs. Pour l’instant, nous donnons de la valeur au manganèse, nickel aux offtakers, c’est-à-dire les acheteurs qui ont besoin de ces éléments comme matières premières dans la fabrication des batteries électriques parce que dans la première phase nous ne produirons pas encore de voitures électriques en RDC, on va produire les précurseurs. Ce n’est qu’après cette étape quand nous aurons mis en place un écosystème général bien assis que nous pourrons produire des batteries électriques », a rassuré le patron de l’Industrie congolaise. En tout cas, tous les signaux de la guerre mondiale du lithium sont là.

L’Espagne et le Portugal annoncent leur future entrée dans l’exploitation. Dans un style plutôt ironique, la presse occidentale a rapporté que Séoul a bombardé le président bolivien Evo Morales d’un doctorat honoris causa d’une de ses plus prestigieuses universités afin de caresser dans le sens du lithium, cet ancien gardien de lamas qui a quitté l’école très tôt (…). Le Canada a résolu d’extirper toute présence chinoise de l’exploitation de son lithium, peu importe les dommages et intérêts à payer.

Depuis CATL, une entreprise technologique chinoise spécialisée dans la production des accumulateurs LITHIUM-ION pour les véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie et de contrôle des batteries d’accumulateurs, multiplie des gestes de séduction auprès de deux ministres congolais concernés, au premier plan, dans le dossier Lithium.

Sodium-souffre pour refroidir la fièvre du lithium

Le lithium congolais aurait donc un concurrent de taille. Fruit de la collaboration entre Chinois et Australiens, la fameuse batterie au sodium-soufre (Na-S), aurait une capacité quatre fois supérieure à celle des batteries lithium-ion, son coût de stockage de l’énergie plutôt démocratique et moins cher à produire. En outre, les batteries sodium-soufre, à température ambiante, ont longtemps affiché un fort potentiel pour le stockage stationnaire de l’électricité à l’échelle du réseau, grâce à leur faible coût et à la densité énergétique théorique élevée du sodium et du soufre, selon le fameux magazine PV. Toutefois, poursuit PV, les batteries à sodium- souffre étaient aussi considérées comme une alternative de second rang et la généralisation de leur usage a été limitée par leur capacité énergétique basse et leurs cycles de vie réduits.

Pour surmonter ces points faibles, l’équipe de recherche a mis en place un processus de pyrolyse simple ainsi que des électrodes à base de carbone pour améliorer la réactivité du soufre et la réversibilité des réactions entre le soufre et le sodium. “Notre batterie au sodium est susceptible de réduire les coûts de manière drastique tout en fournissant une capacité de stockage quatre fois supérieure”, a indiqué , selon PV, le chercheur Shenlong Zhao en référence à la compétitivité du dispositif par rapport aux batteries lithium-ion. “Des solutions de stockage fabriquées avec des ressources abondantes comme le sodium (lequel peut être obtenu à partir de l’eau de mer) disposent aussi du potentiel pour garantir une meilleure sécurité énergétique à plus grande échelle et permettre à davantage de pays d’amorcer le virage vers la décarbonation”, a-t-il poursuivi.

PV magazine précise que les scientifiques ont fabriqué la batterie avec une cathode intégrée comportant deux sites actifs, réalisée avec des cadres en graphène dopé au soufre soutenant du disulfure de molybdène (2H-MoS2) et du molybdène (Mo1) dispersés atomiquement. Selon eux, la batterie affiche une stabilité cyclique ainsi qu’une performance « sans précédent », avec une capacité initiale élevée et un taux de détérioration de seulement 0,05 % par cycle sur 1000 à température ambiante. Elle présente une capacité initiale de 1,017 mAh g−1 et conserve une capacité élevée de 505 mAh g−1 au bout de 1 000 cycles avec 0,1 A g−1.

Les universitaires ont indiqué avoir fabriqué et testé avec succès les batteries en laboratoire dans les locaux du génie chimique de l’Université de Sydney, et prévoient d’améliorer leurs cellules pour les commercialiser. Ce groupe de chercheurs comprend des scientifiques travaillant à l’Université de Chongqing, l’Académie chinoise des sciences et l’Université des sciences et technologies de Chine ainsi qu’à l’Université d’Adélaïde, l’Université de Wollongong et l’Université de Sydney en Australie. “Le charlatanisme n’est pas qu’africain”, a réagi, avec ironie, un expert intéressé par les batteries à ion. Il est vrai que depuis l’annonce de la fabrication du diamant dans des labos, il y a presque 30 ans, l’on a plutôt assisté à une exploitation sanglante du diamant sur le continent. Selon des scientifiques, il n’y a pas que le lithium pour fabriquer les batteries électriques. Cobalt, manganèse, nickel, niobium feraient aussi l’affaire. Ces minerais se trouvent en quantités exploitables en RDC. Au Japon, majorité et opposition s’accordent sur la nécessité de contrôler le marché d’extraction et d’approvisionnement du lithium, du tantalum, du germanium, de l’indium et de dix-sept terres rares indispensables matières précieuses à la fabrication de ce que le pays du Soleil levant sait faire le mieux : l’électronique grand public, les véhicules à moteur hybride et les pièces de précision. Les minerais précités se concentrent en RDC, dans des zones où des exploitants chinois font la loi. Aussi le lithium, ce n’est pas que la production des piles et des batteries rechargeables ou à haute tension, mais aussi des lubrifiants spéciaux, le traitement de l’air vicié par le gaz carbonique. Il est aussi utilisé dans la métallurgie, l’industrie du caoutchouc et des thermoplastiques, la chimie fine ou encore dans l’industrie du verre et des céramiques.

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Le ministre congolais de l’Industrie, Julien Paluku a réaffirmé mardi que son pays demeure la meilleure destination au monde pour l’industrie des batteries grâce à ses minerais stratégiques. Julien Paluku s’est ainsi exprimé à Cap Town, en Afrique du Sud, lors d’un entretien avec José Fernandez, secrétaire d’État américain à la Croissance économique, à l’énergie et à l’environnement ainsi que la partie zambienne, en marge du forum économique INDABA.

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