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M23, Kinshasa ne veut plus de “brassage”

Considérée il y a vingt ans comme une manière de régler les conflits, l’intégration d’anciens rebelles dans les rangs de l’armée de la République démocratique du Congo est maintenant perçue comme une erreur à ne pas reproduire, notamment avec les rebelles du M23, à l’offensive dans l’est du pays.

Les terroristes du M23 bannis dans l’armée. Leur demande de brassage est rejetée par le gouvernement qui n’en veut plus @Photo Droits tiers

publié le 24 novembre 2022 à 10:47:33

L’idée du “brassage” de forces antagonistes est née de l’accord conclu en 2003 à Sun City (Afrique du Sud) après de longues négociations destinées à mettre fin à la guerre de 1998-2003 en RDC qui, après celle de 1996-1997, avait failli faire imploser cet immense pays aux richesses convoitées.

Depuis, il n’y a officiellement plus de “guerre” en RDC, mais sa partie orientale reste en proie aux violences de multiples groupes armés, locaux ou étrangers.

Jusqu’en 2013, à chaque reddition, les miliciens étaient intégrés dans l’armée, leurs chefs obtenant des grades d’officiers dans les grandes unités. L’objectif était la construction d’une armée nationale. Mais cette pratique a en fait affaibli l’armée et les autorités ont décidé d’y mettre fin.

Quand on parle de brassage, mixage, démobilisation, réinsertion, ça s’est fait dans une sorte de bric-à-brac qui ne peut pas produire une force cohérente, analyse pour l’AFP le professeur Jacques Djoli, spécialiste congolais des questions sécuritaires.

Le “brassage” n’a pas apporté la stabilité recherchée, mais l’armée a au contraire été “infiltrée”.

D’ex-rebelles “brassés” ont fomenté d’autres rébellions, notamment celle du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un mouvement politico-militaire issu d’un ex-mouvement rebelle, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda et ancêtre du M23, explique le professeur.

C’est “un échec”, conclut-il.

Cette année, plusieurs chefs de l’armée, dont au moins trois généraux expérimentés, ont été emprisonnés, accusés de haute trahison ou tentative de coup d’Etat contre le président Félix Tshisekedi.

D’autres responsables sécuritaires ont été soupçonnés de connivence avec le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir le M23. Ancien opposant, Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir début 2019 après une présidentielle controversée, succédant à Joseph Kabila, un ancien général-major.

“Reconstruire une armée” –


“Ces brassages n’ont pas permis de construire une armée républicaine, avec une unité de commandement”, confirme le député Juvénal Munubo, membre de la commission défense et sécurité à l’Assemblée nationale, pour qui toute négociation directe avec la rébellion du M23 doit être exclue.

Le M23 “risque de nous sortir des revendications politiques, de chercher à occuper des postes au sein du gouvernement” comme par le passé, estime Juvénal Munubo.

Ce serait une erreur historique d’intégrer les M23 ou autres groupes dans l’armée”, met en garde l’élu de Walikale, dans le Nord-Kivu. Pour lui, la seule possibilité pour les ex-rebelles est “d’adhérer au processus DDR, le programme de désarmement, démobilisation et réinsertion dans la vie civile.

Dans un premier temps, comme demandé mercredi à l’issue d’un mini-sommet à Luanda, le M23 doit cesser le feu dès vendredi soir puis se retirer des zones qu’il occupe, faute de quoi la force régionale en cours de déploiement dans l’est de la RDC les obligera “à se soumettre”, selon le texte adopté.

Le M23, pour “Mouvement du 23 mars”, est une ancienne rébellion tutsi qui avait brièvement occupé Goma fin 2012, avant d’être vaincue l’année suivante.

Le mouvement a repris les armes en fin d’année dernière, en reprochant à Kinshasa de ne pas avoir respecté les engagements de 2013 sur le rapatriement de ses combattants, depuis l’Ouganda et le Rwanda où ils avaient trouvé refuge, en vue de leur réinsertion.

Depuis environ un mois, les combats se sont intensifiés et le M23 étend son territoire dans la province du Nord-Kivu. Il est à une vingtaine de kilomètres de Goma, la capitale provinciale, et gagne aussi du terrain vers l’ouest en direction du Masisi.

En sous-effectif, mal équipée, minée par des luttes internes, l’armée congolaise peine à stopper, jusqu’à présent, l’avancée des rebelles.

Cette armée a connu son heure de gloire pendant la décennie 78-88, du temps de Mobutu, selon le professeur Djoli. Elle a perdu en efficacité à cause du brassage, mais aussi par manque de formation, notamment d’unités spéciales, de troupes aéroportées, etc, analyse une source sécuritaire.

Appelant au sursaut patriotique face au M23, le président Tshisekedi a demandé aux jeunes de s’enrôler massivement dans l’armée. Des milliers ont répondu à l’appel et doivent maintenant être formés dans les règles de l’art.

Pour qu’ils soient “prêts à aller au front”, il faut “six à neuf mois de préparation”, a estimé mardi le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.

“Reconstruire une armée est une activité qui prend beaucoup de temps”, a-t-il dit, “une tâche ardue et budgétivore”. Mais “nous allons continuer à travailler pour renforcer nos forces armées”, a-t-il promis.

Marthe Bosuandole

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