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Cartographie électorale politisée, le grand Kasaï rafle la mise (société civile du Haut-Katanga)

Les organisations, membres du cadre de concertation de la société civile du Haut-Katanga, dénoncent “la politisation à outrance de la cartographie opérationnelle des centres d’inscription pour les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs mise en place par la Commission électorale nationale indépendante” (CENI).

Par Charles masudi

Le quartier général de la commission électorale nationale indépendante @Photo Droits tiers.

publié le 29 novembre 2022 à 07:39:00

Dans un communiqué de presse, elles relèvent les éléments qui réconfortent cette thèse : “…les organisations membres du Cadre de concertation de la société civile du Haut- Katanga constatent, avec consternation, la non mise en application systématique, par l’organe de gestion des élections, des principes de transparence, d’impartialité et de professionnalisme dans les opérations et procédures concernant la cartographie opérationnelle des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs”, souligne le document.

Pour être plus explicite, la société civile du Haut-Katanga cite quelques cas qui étayent la politisation du processus électoral en faveur de l’espace Grand Kasaï.

…à titre simplement illustratif, la province du Kasaï central est dotée de 1357 centres d’inscription qui représentent 6,0% des 2.2271 centres d’inscription prévus et la province du Kasaï est dotée, quant à elle, de 1357 centres d’inscription représentant 5,1% du total des centres d’inscription retenus par la CENI pour l’enrôlement des électeurs. Sur le classement provincial du nombre des centres d’inscription au niveau national, la province du Kasaï central vient en troisième position suivie, en quatrième position, par la province du Kasaï, Kinshasa, avec ses 1432 centres d’inscription (6,4%) est le premier du classement, suivi par le Kwilu doté de 1406 centres d’inscription (6,3%). Ces organisations ont aussi noté que le nombre total des centres d’inscription des 3 Kasaï (Kasaï, Kasaï central et Kasai oriental) est de loin supérieur à celui du total des centres d’inscription du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Katanga, Haut-Lomami, Lualaba et Tanganyika réunis. En effet, les trois provinces du Grand Kasai totalisent, à elles seules, 3069 centres d’inscription qui représentent 13,6% du total des centres d’inscription.

“Par contre, le Grand Katanga ne totalise que 2041 centres d’inscription qui ne représentent que 11,3% du total des centres d’inscription prévus et ce malgré le mouvement constant, vers le Grand Katanga, des populations en provenance du Grand Kasaï”, mentionne le communiqué.

Dans la même optique, lesdites organisations ont fait remarquer que la centrale électorale n’a pas joué franc-jeu au sujet de la répartition des 4489 centres d’inscription additionnels par rapport aux 1.7783 centres d’inscription des électeurs du dernier cycle électoral.

Encore une fois, dans la répartition de ces centres d’inscription additionnels, la centrale électorale a favorisé les provinces du Kasaï en ce qui concerne les centres d’inscription additionnels, malgré le déplacement de ses populations au cours des dernières années vers d’autres provinces, telle que le Haut-Katanga, qui a bénéficié de 10% des centres d’inscription additionnels au même titre que la ville province de Kinshasa. Et le Kasaï s’est vu doté de 7,4% des centres d’inscription additionnels. Contrairement aux trois provinces du Kasaï qui ont bénéficié de 21,5% des centres d’inscription additionnels; le Nord-Kivu n’a bénéficié que de 0,04% des centres d’inscription additionnels (soit 2 centres d’inscription de plus pour la province du Nord-Kivu), la Tshopo 0,04%, l’Ituri 1,3%, le Maniema 1,5%; le Bas-Uélé 1,7%, le Haut-Uélé 2,0%, le Sud-Kivu 2,1%, le Lualaba 2,5%, le Tanganyika 2,9%, le Haut-Katanga 3,6% et le Haut-Lomami 3,8%, des 4489 centres d’inscription additionnels.

“Au total, le Grand Kasai, une région de la RDC qui se vide chaque jour, bénéficie de 21,5% des centres d’inscription additionnels et le Grand Katanga, une région du pays victime d’un flux important des populations en provenance du Grand Kasaï, ne profite dans la cartographie opérationnelle que de 12,8% des centres d’inscription additionnels”, ont-elles fustigé.

En outre, elles expriment leur étonnement de constater le calcul du poids électoral des provinces qui, selon les auteurs du communiqué, ne reflète pas la réalité. “Bien plus, les organisations membres du cadre de concertation de la société civile du Haut Katanga ont constaté avec stupéfaction qu’en plus du refus manifeste de tenir compte des mouvements des populations de quelques provinces bien connues vers d’autres provinces dont la démographie est galopante, comme le Haut-Katanga, la cartographie opérationnelle de la CENI n’a pas du tout tenu compte du poids électoral des provinces tel que calculé à partir du fichier électoral de 2018. Le Haut-Katanga, dont le poids électoral de 2018 était de 6,11% ne se voit doté, en 2022 que de 3,6% des centres d’inscription contrairement, par exemple, au Kasaï central détenteur de 6% des centres d’inscription en 2022 mais dont le poids électoral, en 2018, était de 3,86%. Il en est de même de la province du Kasaï qui est détentrice de 5,1% des centres d’inscription en 2022 mais dont le poids électoral n’était que de 3,72% en 2018. Le Sud-Kivu et le Nord-Kivu, autres parents pauvres de cette cartographie opérationnelle, n’ont pas été épargnés.”

En effet, le Nord Kivu, avec son poids électoral de 9,59% en 2018, ne se voit doté que de 4,5% des centres d’inscription et le Sud-Kivu, avec son poids électoral de 6,34% en 2018 n’a été doté par la CENI que de 4% du total des centres d’inscription en 2022″, précise le communiqué de presse.

De ce qui précède, les signataires de ce document accusent la CENI de vouloir tricher en donnant aux provinces du centre plus d’électeurs potentiels qu’elles n’ont pas, afin qu’elles obtiennent plus des sièges au détriment de celles de l’Est et du Haut-Katanga.

…En augmentant de manière exponentielle le nombre de centres d’inscription dans les provinces qui se vident, dont celles du Grand Kasai, et en diminuant la capacité d’enrôlement des provinces concernées par l’émigration des populations et le mouvement des populations causées par les guerres, dont celles du Grand Kasai, la CENI vise, pour les organisations signataires du présent communiqué, deux objectifs ultimes.

Le premier est de déplacer, par l’usage voilé de la stratégie de l’exclusion administrative des potentiels électeurs, le poids électoral de certaines provinces, notamment le Haut-Katanga et les provinces de l’Est, vers les provinces du centre, notamment le Grand Kasaï, dont le taux des centres d’inscription a explosé de manière exponentielle au regard des statistiques de la cartographie opérationnelle de 2022.

Le deuxième objectif ultime visé par la CENI, après avoir généré un fichier électoral qui augmentera le poids électoral des provinces bénéficiaires de sa cartographie opérationnelle, est de voir ces provinces gracieusement servies par l’administration électorale, peser de tout leur poids lors de la répartition des sièges pour les élections législatives, provinciales, municipales et locales, s’inquiètent-elles.

Au regard des différents faits soulevés ci-haut, les organisations membres du cadre de concertation de la société civile du Haut-Katanga ne croient pas en la volonté de Denis Kadima et son équipe à organiser les élections libres, démocratiques, transparentes, apaisées et inclusives.

“Contrairement aux dires du président de la CENI qui, en substance, voudrait” générer un fichier électoral fiable, inclusif, exhaustif et sécurisé, les pratiques électorales mises en œuvre par la Centrale électorale, et ce au regard de sa cartographie opérationnelle et des statistiques qui en découlent, ne pourront que générer, à la fin des opérations, un fichier électoral non fiable, non inclusif, non exhaustif, conflictogène et donc source probable des violences électorales à venir et des crises politiques futures.

Au demeurant, les organisations signataires du communiqué ont formulé quelques recommandations pour le bien du processus électoral.

1. A la Commission électorale nationale indépendante :

-De revisiter la cartographie opérationnelle des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs et de respecter strictement, dans sa révision, les principes directeurs d’un enrôlement des électeurs réussi, à savoir la non-discrimination de certaines provinces ou localité pour des raisons électoralistes, l’exhaustivité, l’actualité, l’équité, l’exactitude, la simplicité ainsi que la facilité de s’inscrire pour toutes les personnes admissibles;

-De générer, à l’issue des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs, et ce en toute impartialité et indépendance, un fichier électoral fiable, inclusif, exhaustif et sécurisé;

-De faire en sorte qu’aucun Congolais et qu’aucune Congolaise admissible à l’enrôlement ne soit privé (e) de son droit de vote sur la base de son appartenance ethnique ou de sa province d’origine et que la répartition des sièges pour les élections législatives, provinciales, municipales et locales soit la résultante d’un fichier électoral fiable et sans coloration politique ou ethnique.

2. Aux organisations de la société civile :
-D’intensifier la veille citoyenne autour des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs, en particulier, et du processus électoral, en général ;

3. Aux Congolaises et aux Congolais :
-De se mobiliser comme un seul homme pour que la CENI organise dans les délais constitutionnels, avec un fichier électoral fiable et inclusif, les élections démocratiques, transparentes, libres, crédibles, inclusives et apaisées en 2023, élections consensuelles dont les résultats seront acceptés par tous et doteront la RDC des institutions légitimes et dont les animateurs ne seront pas contestés, ont-elles conclu.

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