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Kwamouth : huit (8) leçons et sept (7) recommandations de Fridolin Ambongo

Fridolin cardinal Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa fait un rapprochement logique entre les évènements de Kwamouth, et les massacres de Yumbi de 2018 déplorés dans la même province de Maï-Ndombe. Les événements sont similairement dictés par le contexte électoral.

Par Jeanric Umande

Le cardinal Fridolin Ambongo appelle le gouvernement à secourir la population sinistrée de Kwamouth @Photo Droits tiers

publié le 23 octobre 2022 à 17:41:00

Le cardinal Ambongo recommande au gouvernement congolais le renforcement de la présence et de l’autorité de l’Etat dans le territoire de Kwamouth et l’examen de la question territoriale pour réduire les distances entre les autorités et les administrés ainsi que l’appui matériel et financier conséquent à l’armée et à la police nationales déployées dans cette région. C’est l’une des recommandations phares du prélat de Kinshasa après deux descentes dans cette entité qui relève ecclésiastiquement de l’archidiocèse de Kinshasa. C’est donc en sa qualité de pasteur de l’Eglise catholique locale qu’il “se sentit dans l’obligation morale d’effectuer une double visite pastorale de réconfort moral et spirituel auprès de ces populations sinistrées”, a-t-il évoqué lors d’un point de presse animé vendredi à Kinshasa.

Ambongo a plaidé pour la mise sur pied d’une “structure chargée de mener à bien le processus de dialogue et de réconciliation entre les parties en conflit” et que les personnes citées comme instigatrices des violences et donc à la base de ce conflit, soient poursuivies valablement par la justice. 

Récit de voyage du cardinal à Kwamouth

Fridolin cardinal Ambongo Besungu a voulu creuser davantage sur les véritables mobiles qui alimentent les tensions intercommunautaires dans cette partie de la République démocratique du Congo. Le prélat part d’un tableau géopolitique de l’entité Kwamouth, son organisation politique et administrative et sa situation géographique. Situé dans la province de Mai-Ndombe, le territoire de Kwamouth a comme chef-lieu, la cité de Kwamouth, située à plus ou moins 200 Km du centre-ville de Kinshasa. Avec une superficie d’environ 15.000 km2, elle a une population estimée à 200.000 habitants. Avec un seul secteur (secteur de Bateke-sud et comme chef-lieu Twa), lequel renferme 3 groupements : Bateke Sud (Chef-lieu : Dumu), Baboma Sud (Chef-lieu : Boku) et Baboma-banku (Chef-lieu : Bokala). Au-delà de cette visite de réconfort, le cardinal était aussi préoccupé, dit-il, “d’écouter de mes propres oreilles, de voir de mes propres yeux et de toucher de mes propres mains la réalité sur le terrain, pour essayer de comprendre ce qui s’y est passé, et se qui s’y passe probablement encore, et pour en tirer des leçons pour nous aujourd hui et pour l’avenir”, a expliqué le cardinal aux chevaliers de la plume.

Dans son bref rappel historique, Fridolin Ambongo a expliqué que le conflit de Kwamouth se passe à l’intérieur même du territoire de Kwamouth, et pas dans la cité de Kwamouth. “Le conflit voit le jour dans le secteur de Bateke Sud, dans le groupement portant le même nom. La cause en est la majoration des redevances coutumières sur les produits issus de récoltes de terres exploitées que payent les campeurs (fermiers) qui ont des terres en location dans le village Masia-Mbe, groupement Dumu, secteur de Bateke Sud. Cette situation remonte déjà au mois de février 2022”, a éclairé l’archevêque.

Des complicités politiques certaines

Une lettre prétendument émanant du ministère de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et affaires coutumières serait la goûte qui aurait fait déborder le vase. Envoyée au chef de groupement et chef de terre de Dumu faisant objet de mise en sécurité de tous les fermiers habitant le groupement et terre de Dumu, le porteur de la lettre, un certain “Coordon Willy” instruira les paysans quant à la vente des terres à 25.000FC. Cet envoyé de Kinshasa, pour installer un nouveau parti politique dénommé Union des nationalistes révolutionnaires dans le territoire de Kwamouth, est arrivé à Kwamouth un vendredi, au moment où l’administration était fermée. “Les autorités administratives lui auraient demandé de patienter jusqu’au lundi, jour ouvrable. Le coordon Willy se serait fait accompagner de monsieur Clovis de la ferme Lona Mboto, monsieur Lambert de la ferme “Merci Jehova” et Monsieur Ephraïm de la ferme Mandela, aurait nommé un nouveau chef de groupement au nom de Nsakapeta Ephraïm, Yaka originaire de Kasongo-lunda ; chef qui devrait être insatallé par le Kiamfu Odon, réclamé originaire de Kasongo-lunda, dans le Kwango. En fait un faux Kiamfu, qu’on a vu s’afficher à Kinshasa, tantôt sous couvert des autorités, voire du chef de l’Etat”, a élucidé le chef de l’église catholique de Kinshasa. Il s’agit là de l’un des éléments de la dégénérescence du conflit, qui serait même envoyé en mission de pacification dans le territoire en conflit, au grand mécontentement et étonnement des habitants.

En effet, ce faux Kiamfu Odon serait passé dans tous les villages sur la RN17 où les Yaka sont majoritaires, préparant l’intronisation de nouveau chef coutumier afin de bénéficier des redevances que l’Etat accorderait lors de la réhabilitation et de l’asphaltage de la route qui traverse ces villages et fermes, précise le prélat Ambongo.

Le conflit dégénère avec des ramifications nationales…

Tout a dégénéré à Masia-Mbe avec l’avènement du nouveau chef de terre qui a exigé le payement de la taxe coutumière nommée Kobalola Munoko Ya Ndaku. Cette taxe devrait être perçue pour que l’autorité coutumière reconnaisse le fermier. Utilisant la brutalité lors du recouvrement, un agent du chef coutumier blesse un fermier Yaka. Pour se venger, les fermiers et leurs travailleurs, appelés combattants et qui sont originaires de diverses ethnies de la RdCongo, certains d’entr’eux provenant même de Kinshasa, ont attaqué le frère du chef. Pour se défendre, ce dernier fera usage d’une arme de chasse et abattra un combattant originaire de Masimanimba (Mbala), dans le Kwilu. Comme de coutume, indique la source, en cas de mort d’homme au village, par peur des autorités sécuritaires, les villageois du lieu de la mort préfèrent se déplacer jusqu’à l’accalmie totale de la situation. Voyant ce mouvement de fuite, “les fermiers à majorité Yaka et leurs travailleurs commencèrent à brûler les maisons de Masia-Mbe”.

La revendication va alors cesser d’être celle contre les redevances coutumières, pour “devenir une revendication de propriété de terre du plateau des Bateke par des fermiers ou des campeurs qui détiendraient une copie de la lettre du ministère de l’Intérieur”, a commenté le cardinal. Le pasteur en tirera quelques leçons selon lesquelles “on est en face des conflits intercommunautaires, et pas comme cela est décrit de manière simpliste comme conflits Teke/Yaka”, conclura-t-il.

La réalité est donc beaucoup plus complexe qu’on le croit. Puisqu’il (le conflit) engage plusieurs groupes ethniques de la RdCongo (Les Bangala, les Batetela, les Balubas, les Bambala, pour ne citer que ceux-là) sont d’une manière ou d’une autre concernés par ces conflits, même si les Yaka sont majoritaires dans cette contrée, avons-nous appris du chef de l’Église catholique de Kinshasa. Il s’agit principalement des conflits liés à la question de terres et donc de propriété.

A l’origine, le territoire de Kwamouth appartenait aux Teke. Mais au fil des années, d’autres tribus sont venues s’y installer, soit en prenant des terres en location, soit en achetant des terres, devenant ainsi des propriétaires, employant de la main d’œuvre qui vient de partout, et surtout des quartiers populaires de Kinshasa. “Actuellement, on ne peut pas dire que les Teke sont toujours majoritaires sur ce territoire, désormais habités par d’autres peuples comme les Bangala, les Batetela, les Mbala, les Baluba et surtout les Yaka, devenus majoritaires, et qui entretiennent des fermes devenues de plus en plus importantes et ressemblant à de grandes agglomérations. Autre leçon tirée, explique le successeur de Mosengwo, c’est l’extension de ces conflits au-delà du territoire de Kwamounth vers les territoires voisins, notamment vers Bagata, dans la province du Kwilu. “Si on y prend garde, ces conflits peuvent atteindre aussi Kinshasa”, alerte le cardinal. La même autorité ecclésiastique souligne que “des personnes impliquées d’une manière ou d’une autre dans ces conflits sont bien connues et circulent librement sans être inquiétés. Et lorsqu’ils sont arrêtés ou acheminés vers Kinshasa, ils sont, tout de suite, libérés sans autre forme de procès et sans que justice soit rendue”, s’inquiète-t-il. C’est notamment le cas du faux Kiamfu Odon et d’un certain Coordon Willy.

Élections de 2023, pétrole et pouvoir coutumier comme sources du conflit

Le rapprochement à faire entre les événements de Kwamouth, et les massacres de Yumbi en 2018 dans le contexte pré- électoral, fait partie des leçons majeures tirées de la double mission de réconfort moral et spirituel du cardinal dans cette province meurtrie de l’ex-Bandundu. De même, la question du «bloc pétrolier» et celle de la réhabilitation de la route nationale RN 17, avec toutes les redevances qui y sont liées, sont à prendre en compte dans la recherche de la compréhension de la situation qui prévaut actuellement sur le territoire de Kwamouth, précise le prélat catholique.

Dans son chapelet de recommandations, Fridolin cardinal Ambongo Besungu suggère le renforcement de la présence et de l’autorité de l’Etat dans le territoire de Kwamouth et l’examen de la question territoriale pour réduire les distances entre les autorités et les administrés. Il fait également mention de l’appui matériel et financier conséquent attendu en faveur des forces de l’ordre et de sécurité (armée et police nationale) tout comme “la clarification par le ministère en charge des Affaires foncières et coutumières de la notion de chef de terre, de celle des redevances coutumières et surtout de propriété en rapport avec l’autorité traditionnelle”. Autre recommandation de monseigneur Ambongo, c’est la mise sur pied d’une “structure chargée de mener à bien le processus de dialogue et de réconciliation entre les parties en conflits” et “que le gouvernement central réponde de manière urgente aux besoins des personnes déplacées et réhabilite des infrastructures détruites aussi bien celles de l’Etat, de l’Eglise que des personnes privées”, fin de citation.

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