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Enock Sebineza : “que la force régionale ne permette pas au conflit de s’enliser dans les hauts plateaux”

Depuis des décennies, dans les hauts plateaux d’Uvira, Fizi et Mwenga au Sud-Kivu, les violences sont d’une extrême cruauté. Ouragan.cd a interrogé mardi 23 août 2022, Enock Sebineza, 64 ans, un notable de la province, originaire du territoire d’Uvira, si l’arrivée de l’armée burundaise dans le cadre de la force régionale, peut apporter la quiétude dans cette zone troublée.

Par Landry Amisi

Enock Sebineza était l’un des cinq négociateurs de la société civile du Sud-Kivu au dialogue intercongolais de Sun City en Afrique du Sud en 2002. Ancien député national, l’ex-vice ministre des PT-NTIC est un fin connaisseur de la région des Grands lacs pour avoir enseigné au Burundi et au Rwanda. En plus, il a suivi les péripéties de la politique congolaise par rapport à la région depuis 1990 @Photo Droits tiers.

publié le 23 août 2022 à 09:40:18

De son point de vue, il faut beaucoup d’efforts. Licencié en Géographie de l’ISP/Bukavu, Sebineza demeure dubitatif. L’ex-vice-ministre des PT-NTIC sous Kabila fils, issu de la communauté Banyamulenge, appelle, par contre, l’État congolais à s’assumer et à éviter d’observer impuissant quotidiennement de nouvelles tragédies.

M. Sebineza est parmi les rares qui se prononcent régulièrement contre la déstabilisation de l’Est de la RDC par le Rwanda depuis 1998. Depuis 4 ans, il désapprouve le soutien que Kigali apporte au Red Tabara, une rébellion burundaise qui a élu domicile dans les hauts plateaux en alliance avec les Maï-Maï et procède, selon lui, à une épuration ethnique de sa communauté.

Mr Sebineza, Quelle est la situation actuelle dans les hauts plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira ?

Enock Sebineza : La situation dans les hauts plateaux à plus de 2500m d’altitude à cheval des territoires de Fizi, Mwenga et Uvira, terroirs naturels des Banyamulenge est catasptrophique depuis avril 2017. Une coalition se nourrit de la haine contre les Banyamulenge entretenue depuis des décennies accusés d’occupants étrangers qu’il faut chasser de la RDC. Ceci a permis aux combattants Maï-Maï alliés au Red Tabara burundais soutenus par Kigali de tuer plusieurs centaines de Banyamulenge, de raser tous leurs villages et piller plus de 400.000 têtes des vaches en complicité avec certains commandants FARDC y déployés et créer une chaîne de vente dans les marchés de la région au vu et au su de toutes les autorités locales.

 Y-a-t-il un conflit lié à l’exploitation de l’or qui déchire les communautés ?

Non. Il existe un conflit qui date de l’époque muleliste des années 1964 qui cible les Banyamulenge comme groupe “d’envahisseurs” pourtant des Congolais comme tout le monde. Ce qui explique aussi la contestation de leur citoyenneté dans les années qui ont suivi jusqu’aujourd’hui. Et aujourd’hui, le projet de leurs détracteurs est clair. Les effacer de la carte ethnique de la RDC. Il s’agit d’un nettoyage ethnique qui est en marche depuis plus de 5 ans. Un nettoyage ethnique qui a été reconnu par l’ONU à travers le rapport de Mme Bintou Keita, cheffe de la Monusco le 05 octobre 2021 au Conseil de sécurité de l’ONU à New-York. Mais ce qui étonne est que ni l’ONU, ni notre pays, aucun n’a pris la mesure de la question pour arrêter ce processus de déracinement reconnu. Une sorte de silence pudique s’abat sur la question et les actes de génocide contre les Banyamulenge se commettent silencieusement.

Pourquoi, dans différents rapports, on accuse toutes les communautés d’insrumentaliser les milices ?

Les mouvements Maï-Maï issus de communautés majoritaires essentiellement de Fizi et Uvira notamment les Bembe et Bafulero et dans une certaine mesure les Bavira et aujourd’hui les Banyindu, existent depuis 1964. Ils se disent “patriotes” investis de protéger leurs terres des envahisseurs. Ils sont soutenus par certains leaders. Les campagnes électorales aujourd’hui exacerbent un discours populiste basé sur l’ethnicité et dans le contexte local, la cible est la communauté Banyamulenge.  Plutôt certaines milices et leurs politiciens instrumentalisent leurs communautés. La haine a atteint son paroxysme jusqu’à une pratique moyenâgeuse d’anthropophagie et de cannibalisme. Vous l’avez entendu au mois de décembre 2021 et de juin 2022, dans moins d’une année, deux Banyamulenge en l’occurrence le major des FARDC, Joseph Kaminzobe à Lueba à Fizi devant ses compagnons d’armes et Mr Ntayoberwa à Kalima au Maniema devant les autorités locales y compris la police. Leur chair a été découpée et mangée publiquement sans que cela émeuve l’opinion nationale.  Les condamnations ont été tardives.

Est-ce que la présence des groupes armés étrangers dans cette zone ravive encore la tension ?

Les groupes armés étrangers dont le Red Tabara burundais d’Alexis Sinduhije soutenu par le Rwanda, le FNL burundais d’Aloïs Nzabampema sont les plus actifs. Ils ont tissé, curieusement, des alliances très fortes avec les soi-disant patriotes Maï Maï. Imagines-toi, leurs attaques sont relayées par un discours incendiaire des politiciens de leurs communautés respectives au pays et dans la diaspora. On mobilise les combattants sur le terrain à s’attaquer aux Banyamulenge. En revanche, ces attaques ont eu pour conséquence de réunir les jeunes Banyamulenge sous le label Twirwaneho (défendons-nous) et Gumino (restons chez nous).

L’arrivée de l’armée burundaise dans le cadre de la force régionale peut-être un début de solution dans la résolution de l’insécurité sur les hauts plateaux ?

Il nous a été communiqué depuis plusieurs mois qu’il y aura une force régionale issue de la Communauté de l’Afrique de l’Est dont la RDC fait partie depuis quelques mois. C’est à ce titre que les forces du Burundi sont arrivées, il y a quelques jours. Et selon quelques médias, elles se mettent en place à partir de Luberize dans le territoire d’Uvira au Sud-Kivu. Nous pensions qu’il fallait d’abord compter sur nos propres forces qui, malheureusement, n’ont rien fait pour neutraliser plus d’une centaine de groupes Maï-Maï associés aux groupes armés étrangers que je venais d’évoquer. Espérons que les dispositions sont cette fois-là prises par le gouvenement de notre pays pour que cette coalition ne tourne pas à un autre cauchemar et ne permette au conflit de s’enliser. Nous avions des déplacés qui commençaient à rentrer. Espérons que ces opérations ne vont plus provoquer la fuite de ces retournés.

Pourquoi le vivre-ensemble semble toujours difficile malgré de multiples négociations, forums et tables rondes sur la paix ?

J’en suis témoin. On a tout dit mais on a rien fait. Nous souhaiterions qu’on change le paradigme et que l’autorité de l’Etat soit rétablie. Les dialogues ne peuvent pas assurer la sécurité des populations, ils ne peuvent non plus mettre fin à la guerre.

Est-ce qu’il y a des mains politiques derrière qui compliquent l’application de différentes résolutions ou recommandations issues de plusieurs pourparlers  ?

Certainement oui. Il y a même des poiticiens issus de communautés voisines aux Banyamulenge qui ne s’en cachent pas en soutenant publiquement les appels au meurtre. Les cas sont légion et tous les prétextes sont évoqués pour le justifier. Par exemple en octobre 2019 dans leur assemblée locale à Kinshasa et devant les médias invités, le président de la Mutualité d’une communauté de Fizi a assumé la guerre de destruction des Banyamulenge pour cause de la création de la commune de Minembwe par l’Etat congolais. Un député en fonction  de la circonscription d’Uvira a même appelé publiquement (sur les réseaux sociaux, (le 04 janvier 2022 à Kiliba au Sud-Kivu), les pasteurs de sa communauté à prendre les armes et à s’attaquer aux Banyamulenge. Il n’a jamais été interpellé. Un autre ancien ministre et député, le 18 septembre 2021, a donné un discours de 16min30 appelant au meurtre des Banyamulenge dans l’impunité totale. On se pose la question de savoir si la justice est totalement complice de ces faits.

Comment ramener définitivement la paix et la quiétude entre les communautés et éviter le cauchemar à cette paisible population ?

Ça ne passe par qu’une seule voie. Le rétablissement de l’autorité de l’Etat. Un Etat qui impose la paix en protégeant tout le monde. Pourquoi les discours de haine se prêchent dans l’impunité ? Pourquoi la destruction des hauts plateaux se passe dans l’indifférence totale des institutions ? Pourquoi laisse-t-on allégrement les groupes armés proliférer en tissant des alliances avec les Congolais ? Pourquoi laisser le Red Tabara ? Pourquoi les Maï Maï doivent prêcher la destruction des Banyamulenge, l’extermination sans que cela n’émeuve la conscience nationale ? Comment les compatriotes pratiquent le cannibalisme contre les Banyamulenge sans que cela ne choque pas ? Toutes ces questions doivent trouver des solutions. Le rétablissement de la sécurité par l’Etat congolais va faciliter les dialogues entre les communautés pour le vivre-ensemble. Ce qui étonne est que malgré le ballet des visites de diplomates à Minembwe, des autorités nationales et provinciales, des généraux des FARDC, une brigade dirigée par un général à Minembwe, il n’y a aucune lueur d’espoir. Les attaques des Maï-Maï sont au quotidien.

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