Économie

Congo Hold-up : ÉGAL dénonce une machination

Citée dans l’enquête Congo Hold-up sur les détournements de deniers publics, la société EGAL, parle de la machination montée contre elle.

Congo Hold-up : ÉGAL dénonce une machination

L’entreprise générale d’alimentation et logistique (ÉGAL) Sarl rejette en bloc les allégations de l’enquête Congo Hold-up, prétextant qu’elle a été bénéficiaire d’un financement de l’ordre de 43 millions de dollars américains provenant du trésor public.

Cette entreprise gérée par Franck Tshibangu a exprimé son indignation mardi 22 novembre 2021, à travers le droit de réponse et le démenti destinés au journaliste Yann Philippin de Mediapart France et Sonia Rolley de RFI, dont une copie est parvenue à Ouragan.cd. Premièrement, la firme de droit congolais dit ne pas être surprise par le contenu de l’article la mettant en cause. Mais, elle relève une contradiction entre le chiffre évoqué en 2016 par le journal Le Soir et celui mentionné dans Congo Hold-up.

« La Direction d’EGAL sarl a lu sans grande surprise le déferlement d’accusations, de commentaires, de conjectures et d’analyses en sens divers contre cette entreprise distillés dans les publications du lundi 22 novembre 2021 de l’article CONGO HOLD-UP : EGAL, l’autopsie d’un scandale, co-écrit par Yann PHILIPPIN de MEDIAPART et Sonia ROLLEY de RFI. Sans surprise parce que la majorité des faits réchauffés et rapportés ce jour avaient déjà été publiés le 29 octobre 2016 dans le n°254 du journal belge Le Soir sur fond de révélations de Monsieur Jean-Jacques Lumumba. A l’époque, cette parution attribuait à la société ÉGAL un financement par la Banque centrale du Congo (BCC) à travers BGFIBank de 43 millions de dollars américains, montant que les rapporteurs de CONGO HOLD-UP portent curieusement aujourd’hui à 77 millions de dollars US des fonds suspects », s’étonne Franck Tshibangu.

Deuxièmement, l’entreprise dénonce l’intention de nuire manifestée dans le travail réalisé par les auteurs de l’article précité. Elle déclare ne pas être concernée par ce dossier ainsi qu’elle a été blanchie à son temps par l’Inspection générale des Finances (IGF).

« La direction d’ÉGAL Sarl déplore vivement le manque de discernement affiché par les auteurs de ces articles, qui écrivent parfois une chose et son contraire en même temps, le cas échéant l’intention de nuire à la crédibilité internationale d’une entreprise congolaise dont l’organisation, le mode d’exploitation et la gestion exceptionnellement transparente étonnent plus d’un. Tout ceci démontre bien que la vérité est ailleurs. EGAL Sarl précise sans ambages qu’elle n’a jamais été financée par des fonds publics provenant de la Banque centrale du Congo ou d’une quelconque autre institution étatique, si ce n’est une machination montée contre elle. Pour rappel, il vous souviendra que l’Inspection générale des Finances (IGF) a enquêté en début d’année sur les prétendus paiements effectués par le trésor public, le cas échéant, la Banque centrale du Congo, au profit d’ÉGAL Sarl. A l’issue de multiples séances de travail? EGAL a été mise hors cause dans cette affaire », a martelé le responsable de cette société.

Au demeurant, ÉGAL persiste et signe que Congo Hold-up n’est rien d’autre qu’une campagne de sape orchestrée par ses auteurs. L’entreprise en veut pour preuve l’emploi du conditionnel par les journalistes alors qu’ils affirment détenir des millions de documents attestant les faits.

« Cependant, nous nous demandons si vous réalisez les conséquences de votre action médiatique dont l’ampleur s’apparente ni plus, ni moins à une campagne de déstabilisation, de dénigrement et de discrédit d’un État, de ses institutions et de son tissu économique. Il est surprenant qu’en dépit des 3,5 millions de documents de preuves annoncés comme fondement de votre enquête vos articles se clament dans un temps conditionnel qui entretient un doute légitime sur vos conclusions. Comme vous pouvez vous en rendre compte, vos imputations de culpabilité d’ÉGAL toutes aléatoires causent un réel préjudice à notre entreprise dont elles ternissent sans fondement l’image. EGAL se réserve le droit d’exiger réparation de ces préjudices », conclut le document.

Selon RFI, en avril 2021, le rapport final de l’IGF sur le dossier EGAL-BCC avait été bouclé. Le document accablant, que nous nous sommes procuré, explique la journaliste Sonia Rolley, dénonce « un montage savamment conçu » pour opérer un « détournement des deniers publics ». Le rapport pointe la « responsabilité » partielle du gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Deogratias Mutombo, qui démissionnera trois mois plus tard.

Mais surprise, s’étonnent les enquêteurs de Congo Congo hold-up, Jules Alingete s’éloigne des conclusions de l’enquête de ses services. Il écrit aux directions d’Egal et de la BCC pour les dédouaner, rejetant toute la responsabilité sur la BGFI. Certains de ces courriers sont publiés par le site d’information Politico.cd.

Si le patron de l’IGF nous a accordé plus d’une heure d’entretien, c’est parce que notre enquête Congo Hold-up, basée sur 3,5 millions de documents issus de la BGFI obtenus par Mediapart et l’ONG PPLAAF, prouve le contraire : Egal a bien bénéficié en 2013 des 43 millions de fonds publics détournés et la BCC a viré cet argent.

Notre enquête, selon Congo Hold-up, révèle aussi qu’Egal a reçu 34,6 millions de fonds supplémentaires d’origine inconnue, qui ont pour la plupart transité par le compte de la BGFI à la Banque centrale. Soit un total de plus de 77 millions de dollars de fonds suspects, dont, comme on le verra plus loin dans le texte, six millions ont bénéficié à Joseph Kabila et à son premier cercle.

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